Category: Féminisme

  • 25N – Contre la violence capitaliste, le féminisme socialiste !


    Le 25 novembre est la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, fondée en 1981 après le meurtre des sœurs Mirabal par la dictature militaire de Trujillo en République dominicaine. Pour nous féministes socialistes, le combat pour mettre fin à la violence contre les femmes doit être un combat anticapitaliste. La violence n’est possible que parce qu’elle se nourrit d’un modèle de société qui légitime une image de la femme comme étant inférieure, plus fragile et finalement moins humaine. Cela ne nous surprend pas, car le capitalisme a besoin de maintenir la famille et les modèles «traditionnels» pour exploiter le travail rémunéré et surtout non rémunéré des femmes; et puisque le capitalisme a besoin de créer des divisions et de classer les humains entre eux, en les identifiant comme plus vulnérables, pour justifier toute forme de violence au nom du maintien de ce système.

    Déclaration du Bureau femmes international d’Alternative Socialiste Internationale (dont le PSL/LSP est la section belge)

    À la veille du 25 novembre, une lutte collective contre les attaques envers les femmes se déroulent Inde, en Turquie, en Pologne, en Irlande et dans d’autres pays. Des manifestations ont eu lieu à travers l’Inde suite au viol collectif et au meurtre d’une jeune femme de la communauté défavorisée des dalits, dans l’Uttar Pradesh. En Pologne, le 24 octobre, après une série de manifestations, les femmes ont organisé une grève contre la restriction du droit à l’avortement, qui dans la pratique empêcherait 98% des avortements légaux, alors que le droit des femmes à décider de leur corps est déjà très limité dans le pays. Ce mouvement a connu les plus grandes manifestations de Pologne depuis des décennies, sous la direction de jeunes femmes, et à mobilisé et inspiré la classe ouvrière de tous les genres.

    En Irlande, le scandale des mères célibataires qui se sont fait enlever leurs enfants par l’Eglise a récemment été découvert. Il y a seulement 30 ans (dans les années 1980), des centaines de bébés ont été retirés à leurs mères de cette manière. Le rapport prouvant ce crime a été présenté en octobre.

    Tout cela montre à quel point il est urgent de s’organiser pour mettre fin aux violences faites aux femmes à travers le monde!

    Le capitalisme est un système de crise

    C’est plus évident que jamais cette année, alors que le capitalisme s’est effondré face à la pandémie, en laissant les travailleuses et les travailleurs ainsi que les pauvres payer le prix fort et en essayant de repousser les droits des femmes conquis sur de nombreuses années. Cette menace d’une énorme régression des droits des femmes est même reconnue par les mêmes institutions pro-capitalistes qui nous disent depuis si longtemps que les femmes pourraient réaliser un changement progressiste en se frayant un chemin à travers le système. Cela, à lui seul, constitue une condamnation accablante du capitalisme.

    Au deuxième trimestre de 2020, l’économie mondiale a chuté de 10% et le commerce mondial de 27%. Le nombre d’heures de travail rémunérées perdues correspond globalement à 500 millions d’emplois à temps plein. Dans le même temps, le nombre d’heures non rémunérées travaillées principalement par des femmes a augmenté avec l’enseignement à domicile et le système de santé surchargé. Les emplois des femmes ont été particulièrement vulnérables, car les secteurs les plus durement touchés par la crise sanitaire comptent une forte proportion de travailleuses (commerce de détail, hôtellerie, etc.). Dans le monde néocolonial, la situation est encore plus désastreuse, car une majorité de femmes travaillent dans l’économie informelle, sans la moindre protection sociale ou sanitaire légale, et la combinaison de la crise économique et de la pandémie a rendu leur situation beaucoup plus précaire à tous les niveaux, notamment en les exposant à un surcroît de violences et d’abus.

    En raison de la manière dont les politiciens traitent la crise du coronavirus, le nombre de personnes affamées dans le monde a doublé cette année. Il y a déjà plusieurs années, le nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde a recommencé à augmenter ; il atteindra bientôt le milliard de personnes. Le nombre de réfugiés augmente également et est désormais plus élevé que jamais. Encore une fois, ce seront les femmes les plus touchées car elles sont responsables de trouver de la nourriture – et de l’eau – dans le monde néocolonial, et sont les réfugiés les plus vulnérables, victimes de la traite des êtres humains.

    Seule la lutte pour une société socialiste peut nous donner les conditions pour dépasser cette logique perverse et construire de nouvelles relations sociales, capables d’éliminer les violences faites aux femmes. Battons-nous pour cela ensemble!

    Pandémie et violence

    La pandémie renforce le fait que les femmes sont à l’avant-garde de la résistance. Les données officielles montrent que les femmes représentent plus des deux tiers du personnel de santé à travers le monde. Dans de nombreux pays, les soins infirmiers et hospitaliers sont assurés par une majorité de femmes noires et d’autres femmes vulnérables, comme les migrants et les autochtones, souvent les soutiens de la famille.

    La violence domestique augmente pendant les crises, la chose est bien documentée. En période de confinement, les femmes et les autres victimes de maltraitance sont contraintes à des contacts plus étroits avec des agresseurs qui peuvent plus facilement surveiller leur comportement et empêcher les tentatives d’obtenir du soutien. Le manque de logements abordables et le manque de moyen pour le travail social qui existaient déjà avant la pandémie ont maintenant des effets encore plus meurtriers. Les femmes ressentent l’effet de la pandémie et ses conséquences, au travail comme à la maison, de manière violente.

    Il est intéressant, sinon tragique, que la Banque mondiale, en octobre 2020, ait alerté le monde sur la violence à l’égard des femmes. Paradoxalement, ils font partie de ceux qui produisent le plus d’austérité, de coupes budgétaires dans la santé et l’éducation, et ceux qui sont responsables du manque mondial de contrôle d’une pandémie, précisément en raison de la place centrale qu’occupent le marché et les intérêts commerciaux.

    N’ayons aucune illusion : l’oppression des femmes ne peut être résolue par la main de ceux qui permettent et perpétuent la violence contre les femmes au quotidien. La pandémie a mis le capitalisme à nu. L’augmentation des cas de violence, d’agression et la croissance des cas de maladie mentale chez les femmes – en particulier celles qui travaillent – est la preuve que ce système social ne peut assurer une vie sûre et sécurisée à la majorité. Nous savons que le féminisme libéral et pro-capitaliste aborde également la question de la violence contre les femmes. Si nous nous félicitons que la question soit plus largement reconnue, nous savons que ces mêmes forces libérales et pro-capitalistes sont responsables des politiques qui créent et augmentent cette violence. Elles ne sont donc pas nos alliés dans la lutte contre ce problème, mais font partie du problème.

    Des chiffres effrayants

    Les données des Nations Unies (ONU) montrent que 17,8% des femmes dans le monde ont subi des violences physiques ou sexuelles en 2019: 1 femme sur 5 a été victime de violences de la part d’un partenaire, d’un ancien partenaire ou d’un membre de sa famille au cours de l’année dernière uniquement. La violence est comprise comme toutes sortes d’agressions, qu’elles soient physiques, psychologiques, sexuelles, émotionnelles.

    Avec l’isolement, ajouté au manque d’emplois, d’infrastructure et de services publics, les cas de violence ont explosé. Le confinement a forcé de nombreuses femmes à vivre quotidiennement avec leurs agresseurs. Au Brésil, plus de 76% des auteurs sont des personnes connues de leurs victimes, telles que des membres de leurs familles. L’augmentation de la violence pendant le confinement n’est pas seulement un problème au Brésil. Le nombre d’appels aux lignes d’assistance pour la violence domestique a explosé dans le monde entier pendant les confinements : 161% en Italie; 30% en Argentine; 40% au Brésil; 65% au Royaume-Uni; 500% en Tunisie.

    Ce n’est pas seulement une augmentation des appels mais de la violence réelle. Au Maroc, le Centre d’écoute d’Ennakhil a signalé que la violence économique avait augmenté de 60% et la violence psychologique de 55%. L’Organisation pour la liberté des femmes en Iraq (OWFI) fait état d’un doublement des demandes d’admission depuis le confinement, en particulier des jeunes femmes. Dans les territoires palestiniens occupés, le Centre pour l’assistance et le conseil juridique des femmes fait état d’une augmentation de 75% des consultations sociales et juridiques, dans les zones urbaines, rurales et les camps de réfugiés. La violence émotionnelle, psychologique et économique, conséquence directe des pénuries alimentaires et du chômage, augmente. Au Honduras, il y a eu une augmentation des féminicides et la militarisation de la vie quotidienne s’est traduite par une répression accrue de la part des autorités policières, en particulier des femmes et des filles qui quittent la maison pour aller chercher du bois et de l’eau pour leurs familles.

    La violence en hausse dans tous les pays

    Lors du premier confinement en Irlande, d’avril à mai 2020, les signalements de violence domestique ont augmenté de 30%. Cela a été mis en évidence par un certain nombre de meurtres extrêmement violents et horribles. En particulier, les femmes dans la trentaine et la quarantaine, ainsi que les plus âgées, ont été touchées. Les services traitant de la violence de genre ont toujours été ignorés et sous-financés – dans le budget 2020, le financement des courses de lévriers était aussi important que le financement de tous les services de lutte contre les violences domestiques combinés! Cela a créé une énorme crise pour les femmes – il n’y a tout simplement aucune capacité d’aide aux femmes cherchant à échapper à une relation abusive. Comme il y a maintenant un deuxième confinement, cette situation devrait encore se détériorer.

    Aux États-Unis, les rapports de violence domestique ont explosé et le droit à l’avortement est en train de reculer, tandis que les femmes sont plus susceptibles d’être à la fois des travailleuses des activités essentielles et de faire face aux licenciements. Cela s’ajoute au fait que les femmes assument l’essentiel du travail domestique et de la garde d’enfants, car les enfants restent à la maison après l’école.

    En Suède, en avril, le nombre de demandes de jeunes femmes pour des refuges d’urgence a augmenté de 20 à 40%. Au printemps, il n’y a pas eu plus de violence conjugale signalée à la police que l’année précédente, mais il semble qu’il y ait une augmentation plus rapide de la criminalité de maltraitance des femmes cet automne.

    Au Brésil, la situation de la violence contre les femmes a augmenté de façon exponentielle. Durant l’année qui s’est écoulée avant le mois de mai, les violences auraient augmentés de 450 %. Le nombre de féminicides a augmenté de 22% rien qu’au début de la pandémie en avril.

    Au Royaume-Uni, en «temps normal», deux femmes sont assassinées chaque semaine par leur partenaire ou ex-partenaire. Au cours des sept premières semaines du confinement national, 26 femmes et filles ont été tuées par un membre de leur famille. Le Groupe national de surveillance du gouvernement sur la violence domestique ne s’est pas réuni une seule fois depuis le début de la pandémie, ce qui montre que l’augmentation massive des violences domestiques n’est pas prise au sérieux. Au lieu de cela, ils ont demandé aux postiers et aux chauffeurs-livreurs de « vérifier les signes » d’abus alors que les travailleurs dont c’est le rôle ont été jugés comme étant « non-essentiels ».

    Dans de nombreux pays où le système de santé est surchargé, l’avortement n’était pas considéré comme «essentiel», obligeant ainsi les femmes à « choisir » entre d’un côté un avortement dangereux, cher et sans infrastructure et, de l’autre, un enfant non-désiré. En plus de l’attaque contre l’accès à l’avortement, il y a eu une augmentation des attaques de l’État contre les femmes.

    Capitalisme néocolonial et abus des institutions impérialistes: plus de violence contre les plus vulnérables

    Le 29 septembre, un rapport a été publié détaillant les abus sexuels commis par les membres de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) durant son intervention en République Démocratique du Congo contre la crise Ebola de 2018. Aux côtés de l’OMS, d’autres agences et ONG telles qu’ALIMA, l’UNICEF, IMC, World Vision, OXFAM, Médecins sans frontières sont accusés. Sur place, de nombreuses femmes ont été forcées d’avoir des relations sexuelles en échange d’un travail et de nourriture.

    La vulnérabilité des femmes, aggravée par les pandémies, est finalement utilisée comme un argument de négociation pour ceux qui sont au pouvoir : hommes, institutions ou pays, qui finissent par sécuriser leur autorité en exploitant des situations d’abus et de violence.

    Ce scandale montre que ces types d’agences, en relation avec des intérêts impérialistes en pays néo-coloniaux, révèle la farce de la soi-disant aide sociale aux victimes, en montrant leur rôle de renfort des relations de colonialisme, de contrôle et de pouvoir. Nous devons rejeter les fausses solutions présentées par des organisations de ce type. Elles sont incapables de garantir la sécurité et une meilleure vie aux femmes de la classe ouvrière. Il faut lutter pour l’annulation des dettes de ces pays et pour la fin de l’exploitation impérialiste et néo-impérialiste.

    Nationalisme et attaques réactionnaires: le nouveau visage de la violence contre les femmes

    Partout dans le monde, le nationalisme est en hausse, en raison de la situation mondiale et de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine. Des dirigeants populistes de droite et des politiciens haineux comme Trump, Bolsonaro, Erdogan, Poutine, Xi Jingping et d’autres font la promotion de points de vue sexistes. En plus de graves restrictions ou menaces contre le droit à l’avortement (États-Unis, Pologne, Slovaquie, etc.), le débat va même plus loin en déclarant que ce n’est pas aux femmes de décider pour leur corps. Les femmes sont désignées comme ayant moins de valeur. Ce type d’idées entraîne également une augmentation des violence contre les femmes, car leur position dans la société est affaiblie et les hommes violents n’ont plus rien pour les freiner.

    Ces gouvernements d’extrême droite ont organisé une guerre contre nos droits. Actuellement, 32 pays attaquent contre le droit à l’avortement. Parmi eux les USA, le Brésil, l’Égypte, l’Indonésie, le Pakistan, la Pologne et la Hongrie. Il s’agit d’une réponse claire au mouvement pour l’émancipation des femmes qui ébranle le monde et cela prouve que la violence de l’État capitaliste reste une stratégie de domination et de contrôle de ce système. Nous devons suivre l’exemple des travailleuses polonaises et réagir en luttant plus encore.

    Lutter collectivement et s’organiser pour en finir avec les violences

    La pandémie n’est pas encore terminée ! Et le nombre de personnes infectées, ainsi que la violence contre les femmes, continue à se développer dans une partie des pays néocoloniaux, en particulier dans les d’Amérique latine et l’Inde.

    Entre 2016 et 2020, nous avons été témoins de luttes massives dans les rues menées par des femmes, surtout jeunes, contre le sexisme qui nous affecte de diverses manières. Cette énergie de lutte et cette résistance n’ont pas disparu. La pandémie a aggravé une situation concrète qui était déjà très difficile, et a déjà conduit des milliers de femmes dans les rues. Cette résistance devra encore augmenter pour améliorer la vie de milliers de femmes, en particulier les travailleuses, qui sont touchées par cette vague de barbarie et de violence.

    Le 23 août, une grève féministe a eu lieu en Israël suite au viol collectif brutal d’une adolescente de 16 ans et des milliers de personnes ont participé à la grève. Des manifestations ont eu lieu du 20 au 23 août ; elles duraient jusqu’à tard dans la nuit. Plusieurs routes ont été bloquées car les manifestants participaient à une marche spontanée à Tel-Aviv, ainsi qu’à Haïfa. Les jeunes et les femmes ont été les plus actifs dans ces initiatives : pour beaucoup de ces dernières, c’était la première fois qu’elles entraient en lutte.

    Lorsque #metoo s’est répandu dans le monde entier, cela a eu un impact majeur sur la discussion concernant les abus sexuels dans de nombreux pays, même s’il n’y a pas eu de mouvements contre le sexisme. Au Danemark, par exemple, le débat était fort réduit jusqu’au moment où le producteur de films américain Harvey Weinstein a été condamné à la prison, ce qui a déclenché tout un débat choc sur le consentement, les abus et les droits des femmes. Depuis le début du mois d’octobre, un mouvement #metoo a commencé à se répandre dans tout le pays. Tant dans l’industrie cinématographique, que dans la sphère politique et dans plusieurs autres domaines, les femmes se manifestent et racontent les abus qu’elles ont subis. Des milliers de Danois ont signé un certain nombre de pétitions différentes, attirant l’attention sur le sexisme sur les lieux de travail dans tout une série de secteurs et d’industries différents.

    Nous avons également assisté à l’éclatement de grèves des travailleurs de la santé, en particulier des femmes, qui luttent pour des conditions de travail sûres et des augmentations de salaire dans de nombreuses régions du monde. Au Nigeria, des centaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue pour lutter contre les brutalités policières. Dans toutes ces actions, les femmes ont été en première ligne des manifestations.

    Un programme socialiste pour mettre fin à la violence

    La campagne officielle des Nations Unies sur le thème mondial du 25 novembre est « Orange the World: Fund, Respond, Prevent, Collect! » Ils demandent aux gens de porter de l’orange et de mettre des affiches oranges à leurs fenêtres. Ils demandent que le financement des services aux femmes soit inclus dans les plans publics de relance, pour réponse à la montée de la violence et au maintien des services essentiels, et qu’une campagne de prévention soit organisée à côté de la collecte de données pour estimer la gravité de la situation ! Dire que cela ne va pas assez loin serait un euphémisme.

    Nous ne pouvons pas nous fier aux gouvernements capitalistes ou même aux ONG et aux groupes de campagne libéraux. Pour obtenir le type de services et de soutien nécessaires pour sauver la vie des femmes dans cette crise, il faudra un mouvement de masse de la classe ouvrière et des pauvres de tous les genres.

    Alternative Socialiste Internationale (ASI) défend le féminisme socialiste et appelle toutes les femmes à organiser un réseau de luttes et d’actions internationales autour de revendications et d’actions immédiates qui assurent la défense de nos vies. Nous ne luttons toutefois pas seulement pour un retour à la «vie d’avant», car elle était déjà insupportable. Nous devons aller au-delà des revendications qui se concentrent uniquement sur la situation immédiate et lutter pour un nouvel avenir pour les masses.

    L’organisation de ces luttes doit se faire de manière conjointe, collective et internationale. Malgré les différences de niveaux d’organisation et de réponse du capitalisme dans chaque pays, il est indéniable que c’est le même système qui nous viole. Les travailleuses, les travailleur et la jeunesse à travers le monde doivent construire une lutte anticapitaliste puissante, seule possibilité de mettre fin à l’oppression. Nous considérons comme notre rôle de proposer à toutes les femmes actives contre la violence un programme qui va au-delà des appels aux dirigeants: nous proposons un programme qui va directement au cœur du problème : le système capitaliste. Les expériences historiques du passé ont pu nous prouver qu’aucun pays capitaliste n’a conquis des avancées telles que celles qui ont été réalisées par la Révolution Russe de 1917, en ce qui concerne les revendications des femmes travailleuses.

    Dans les moments de crise intense, comme celui-ci, les socialistes comprennent qu’il faut combiner des mesures immédiates avec des luttes et des revendications qui nous permettront de construire un mouvement pour renverser ce système oppressif et exploiteur incapable de fournir une vie décente et défendre un autre système !

    C’est pourquoi, en ce 25 novembre, nous appelons à la construction d’un mouvement féministe socialiste et à la lutte pour une alternative socialiste internationale, comme moyen de mettre un terme à la violence contre les femmes!

    ● Ni Una Menos – Pas une de moins – plus une seule vie ne doit être perdue à cause de la violence sexiste; pour l’arrêt des violences physiques et psychologiques. Nous luttons pour mettre fin à la violence, aux abus et au harcèlement sexiste, sous toutes leurs formes et partout ou cela se produit: sur le lieu de travail, à la maison, dans les écoles et universités, dans les institutions publiques, dans la rue ou en ligne.

    ● Les politiciens sauvent les banques et les entreprises, mais la vie des femmes est sacrifiée. Cette pandémie de violence nécessite des mesures d’urgence. Nous avons besoin d’une augmentation immédiate des dépenses publiques et de l’élaboration de politiques gouvernementales pour lutter contre la violence à l’égard des femmes. Cela devrait inclure la construction de refuges et de réseaux pour les femmes et les enfants en situation de violence et des services spécialisés en matière de violence domestique et/ou sexuelles. Les services de santé mentale devraient inclure l’accès de proximité aux conseils et à la thérapie dont les victimes ont besoin, ainsi que des évaluations psychologiques spécialisées et des traitements pour les auteurs de violence. Il devrait y avoir un salaire décent et un emploi garanti pour tous pour rendre possible une vie indépendante.

    ● Le coronavirus a mis en évidence la nécessité fondamentale de faire du bien-être de tous la première priorité. Nous devons saisir la richesse de l’élite capitaliste pour financer des investissements massifs dans les services publics, et garantir la gratuité des soins de santé et de la garde des enfants. Le chômage de masse n’a aucun sens dans une société dans laquelle il y a tant de besoins. Nous défendons la réduction collective de la journée de travail sans perte de salaire, en vue d’améliorer le bien être et la création d’emplois verts et socialement utiles. Le chômage peut être réduit à zéro.

    ● Personne ne devrait avoir faim. Il nous faut un plan d’urgence pour lutter contre l’augmentation de la faim – sous le contrôle des organisations de travailleurs, des pauvres et des petits agriculteurs – comme premier pas vers une replanification de l’agriculture. Finissons-en avec les méthodes capitalistes qui nuisent à la nature.

    ● Les travailleurs doivent disposer de lieux de travail sûrs contre la propagation du virus, du harcèlement sexuel et du stress. Cela nécessite une sécurité de l’emploi, un contrôle des travailleuses et travailleurs sur le bien-être et la sécurité et une augmentation du personnel pour réduire le stress au travail.

    ● De véritables contrôles des loyers et la construction massive de logements sociaux : chacun a droit à un logement sûr, abordable et paisible. Expropriation et propriété publique de logements vides en raison de la spéculation.

    ● Pour un enseignement gratuit, de qualité, public et séculaire avec un point de vue progressiste reflétant les différentes orientations sexuelles et de genre, axées sur le consentement.

    ● Accès gratuit et facile à la contraception et à l’avortement.

    ● Les syndicats et les délégués syndicaux doivent mener une véritable lutte pour syndiquer leurs collègues, lutter pour mettre fin au travail précaire, pour un salaire décent pour tous les travailleurs et contre le harcèlement sexuel sur le lieu de travail – un tel mouvement pourrait prendre la tête de la lutte contre toute forme de sexisme, de misogynie, de racisme, d’homophobie et de transphobie pour construire un front de lutte uni de la classe ouvrière.

    ● Mettre fin aux tribunaux reproduisant le sexisme, la discrimination et le blâme des victimes. Toutes les parties de l’État et des services sociaux qui sont en contact avec les victimes et les auteurs devraient être éduquées sur la question de la violence sexiste et formées pour garantir que les plaignants et les victimes sont traités avec respect.

    ● Nous luttons pour un État démocratiquement gouverné par la classe ouvrière par en bas, en supprimant les préjugés actuels en faveur des classes dirigeantes et en éliminant les discriminations racistes et sexistes dans les services publics et la justice.

    ● Pour une réponse immédiate et massive de l’ensemble de la classe ouvrière aux tentatives étatiques et religieuses de priver les femmes et les personnes LGBTQI de leur droit à disposer de leur corps, comme les attaques contre le droit à l’avortement dans de nombreux pays.

    ● Pour une lutte contre l’objectivation du corps des femmes et la fin des publicités sexistes – les médias doivent être placés sous contrôle démocratique.

    ● Non à la guerre et lutte pour la justice climatique – mettre fin aux politiques d’immigration racistes – pour le droit d’asile.

    ● Propriété publique démocratique et contrôle par la classe ouvrière des principaux leviers de l’économie, des principales richesses et ressources, dans le cadre d’une planification socialiste démocratique de l’économie pour subvenir aux besoins des personnes et de la planète et non répondre à la soif de profits.

    ● Pour une société socialiste où le sexisme et la violence contre les femmes appartiennent véritablement au passé – pour un monde socialiste exempt de division de classe, d’oppression, de guerre et de violence dans lequel chaque personne a le droit à un niveau de vie de bonne qualité, et a la liberté de profiter de la vie!

  • « La violence et le sexisme omniprésents représentent un danger tout aussi réel que le coronavirus »

    “From #Metoo to #Fightback” – Délégation de la Campagne ROSA à la manifestation du 24 novembre 2019.

    Ce dimanche, de premières actions ont eu lieu à dans le cadre de la Journée internationale contre la violence à l’égard des femmes (voir notre rapport), qui sera ce mercredi 25 novembre. Ce jour-là, la Campagne ROSA (Résistance contre l’Oppression, le Sexisme et l’Austérité) organise encore toute une série d’actions dans pas moins de 12 villes différentes ! A Bruxelles, un rassemblement autorisé aura lieu à partir de 15h à la Gare centrale.

    «  La crise sanitaire n’a pas mis un terme aux violences faites aux femmes, au contraire : on assiste aujourd’hui à une dangereuse augmentation de cette violence. La violence et le sexisme omniprésents représentent un danger tout aussi réel que le coronavirus », explique Emily Burns, coordinatrice nationale de la Campagne ROSA.

    Elle poursuit : « C’est un fait connu et démontré, la violence domestique augmente pendant les crises. Durant le (semi-)confinement, la tension augmente dans tous les foyers. Lorsqu’il y a déjà violence, c’est l’enfer qui s’instaure de manière permanente. Les personnes victimes de violence sont contraintes à des contacts plus étroits et sans plus aucun moments de répit avec leurs agresseurs. Ces derniers peuvent, de plus, davantage surveiller leurs comportements et les empêcher de rechercher du soutien ou de l’aide. Malgré ça, les appels à l’aide pour violences domestiques ont triplé en Belgique durant le confinement ! »

    Si elle a pris une forme encore plus aiguë dans les foyers, la crise sanitaire dégrade la situation partout et les violences sexistes touchent toutes les sphères et tous les espaces. « Par exemple, lorsqu’il y a un confinement ou un couvre-feu, le harcèlement dans l’espace public est moins « atténué » par un certain contrôle social. »

    La crise sanitaire a mis en avant les personnes travaillant dans les secteurs essentiels (soins, distribution, aide familiale,…) où les femmes sont majoritaires. Ces personnes habituellement invisibles ou méprisées ont été présentées comme des héroïnes. « Cependant, leurs conditions de travail sont particulièrement déplorables », explique encore la responsable de la campagne féministe socialiste, « temps partiels involontaires dans la distribution, heures supplémentaires dans les soins, risque sanitaire accru sans fourniture de matériel de protection pour les aides à domicile,… Le salaire horaire est, de plus, régulièrement inférieur à 14€ brut ! Enfin, les contrats précaires (intérim, CDD) sont courant et limitent la possibilité de revendiquer des conditions de travail décentes, de peur de perdre son emploi. Aussi essentielles soient ses travailleuses, elles ne sont pas traitées comme des héroïnes ! »

    Quelles solutions ?

    Pour remédier aux violences sexistes, les mesures symboliques sont insuffisantes. Il est nécessaire de combiner des revendications pour un enseignement de qualité et un meilleur accompagnement des victimes à celles contre l’objectification des corps pour faire des profits. Il faut aussi amorcer les luttes nécessaires pour permettre l’indépendance économique des femmes afin qu’elles puissent quitter des situations de violence et opérer un réel choix sur leur vie. Seul un vaste programme de satisfaction des besoins sociaux par des services publics de qualité et suffisant ainsi que des conditions de travail et de salaire dignes peut mettre fin aux discriminations.

    « La marchandisation de nos corps et les bas salaires ne profitent qu’à un seul groupe de la population : les très riches qui ont d’ailleurs augmenté leur fortune de 28% durant la crise sanitaire. Sexisme, racisme, LGBTQI+phobie, ils ont besoin de nous diviser pour mieux régner », conclut Emily, « C’est cela le féminisme socialiste que défend la Campagne ROSA. Le problème est structurel, il faudra une société débarrassée de l’exploitation pour parvenir à en finir avec le sexisme. C’est un travail de longue haleine, un marathon et non un sprint. Mais un combat que l’on peut gagner si on unit toutes les personnes opprimées et exploitées. »

  • Bruxelles, Anvers, Liège : Lancement d’une semaine d’actions contre la violence faite aux femmes

    Ce dimanche, de premières actions ont eu lieu dans le cadre de la Journée internationale contre la violence à l’égard des femmes, qui sera ce mercredi 25 novembre. Le contexte actuel de crise sanitaire ne permettait pas d’organiser une grande manifestation nationale comme c’était précédemment le cas. Mais il n’était évidemment pas question de laisser cette date passer sans mobilisation, tout particulièrement dans ce contexte de pandémie, puisque le confinement a eu notamment pour effet d’accroitre la violence domestique, les victimes étant enfermées avec leur bourreau. C’est pour cela que de nombreuses autres initiatives locales sont organisées. Hier, c’était le cas à Bruxelles, Anvers et Liège à l’appel de la plateforme Mirabal.

    Il est urgent d’agir contre les violences sexistes ! Il faut lutter pour un refinancement des services publics, afin d’avoir une vraie éducation sexuelle dans l’enseignement, une prise en charge efficace des victimes avec une augmentation des refuges pour femmes battues et personnes LGBTQI mais aussi une augmentation des salaires et des allocations sociales, la garantie d’avoir un emplois décent et la fin du statut de cohabitant, puisque l’indépendance financière est cruciale pour quitter un foyer violent !

    La Campagne ROSA (Résistance contre l’Oppression, le Sexisme et l’Austérité) organise encore toute une série d’actions le 25 novembre, dans pas moins de 12 villes différentes ! A Bruxelles, un rassemblement autorisé aura lieu à partir de 15h à la Gare centrale. A Liège, une action aura lieu à la même heure (contactez la campagne ROSA pour plus d’infos via : contact@campagnerosa.be). D’autres actions sont prévues à Eeklo, Torhout, Dendermonde, Deinze, Leuven, Bruges, Kortrijk, Gand, Alost. Enfin, une action aura lieu le samedi 28. Rendez-vous sur le site de la Campagne ROSA pour plus de détails !

    Venez crier avec nous: c’est tout le système qui est coupable ! Et préparons la suite ! Nous vous invitons à venir discuter avec nous de la manière d’organiser les prochaines étapes de la lutte vers le 8 mars, Journée internationale de lutte pour les droits des femmes !

    Photos de Bruxelles :

    Anvers :

    Liège :

  • [DOSSIER] Le confinement et la crise sanitaire font grimper en flèche la violence à l’égard des femmes

    Entrons toutes en tous en action contre les violences sexistes & LGBTQI+phobes

    La journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes est célébrée le 25 novembre. Elle fait référence à l’assassinat politique commandité par le dictateur dominicain Rafael Trujillo des sœurs Mirabal le 25 novembre 1960. Ces dernières années, cette journée a adopté un caractère plus combatif et militant dans le sillage du développement du nouveau mouvement international de lutte en faveur de l’émancipation des femmes. Qu’en sera-t-il cette année en Belgique ? Nous en avons discuté avec Emily Burns, coordinatrice nationale de la Campagne ROSA (Résistance contre l’Oppression, le Sexisme et l’Austérité).

    Bonjour Emily, le 25 novembre c’est la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, la Campagne ROSA prévoit-elle de mobiliser à cette occasion ?

    Absolument ! La crise sanitaire n’a pas mis un terme aux violences faites aux femmes, au contraire : on assiste aujourd’hui à une dangereuse augmentation de cette violence. La violence et le sexisme omniprésents représentent un danger tout aussi réel que le coronavirus. Nous estimons crucial de mener des actions dans la rue contre les violences faites aux femmes et envers les personnes LGBTQI+. Toutefois, la sécurité des militantes et militants est cruciale, c’est pourquoi la forme exacte des actions dépendra de la situation sanitaire.

    Quel est l’ampleur de ce fléau ? Depuis quelques années, avec #Metoo, le harcèlement sexiste est davantage dénoncé. Durant le confinement, les médias ont parlé de ce qui se passe derrière les portes closes des foyers et des violences qui peuvent s’y dérouler…

    Les violences sexistes et les féminicides, c’est l’autre pandémie, cachée celle-ci, toujours à l’œuvre. Selon les données des Nations Unies (ONU), 17,8% des femmes dans le monde ont subi des violences physiques ou sexuelles durant l’année 2019 et une femme sur cinq a été victime de violence de la part d’un proche. C’est sans compter les violences psychologiques, le harcèlement, etc. En Belgique, plus de la moitié des personnes LGBTQI+ ont déjà subi ce type de violence dans leur vie. Le sexisme, c’est aussi des discriminations, des comportements et remarques inappropriés, mais aussi de la violence économique avec une surreprésentation des femmes et personnes LGBTQI+ précaires.

    Avec la crise sanitaire et le confinement, on a enfin entendu parler de ce qui se passe dans les foyers. C’est un fait connu et démontré, la violence domestique augmente pendant les crises. Durant le (semi-)confinement, la tension augmente dans tous les foyers. Lorsqu’il y a déjà violence, c’est l’enfer qui s’instaure de manière permanente. Les personnes victimes de violence sont contraintes à des contacts plus étroits et sans plus aucun moments de répit avec leurs agresseurs. Ces derniers peuvent, de plus, davantage surveiller leurs comportements et les empêcher de rechercher du soutien ou de l’aide. Malgré ça, les appels à l’aide pour violences domestiques ont triplé en Belgique durant le confinement !

    Même la Banque mondiale, dans son rapport d’octobre 2020, alerte face à l’explosion de la violence contre les femmes dans le monde. Cela ne l’empêche pas pour autant de continuer à préconiser des politiques d’austérité telles que les coupes budgétaires dans la santé, l’éducation qui impact encore plus durement les femmes…

    Cette violence se concentre-elle au foyer ou est-elle aussi présente dans le reste de l’espace public ?

    Si elle a pris une forme encore plus aiguë dans les foyers, la crise sanitaire dégrade la situation partout et les violences sexistes touchent toutes les sphères et tous les espaces. Par exemple, lorsqu’il y a un confinement ou un couvre-feu, le harcèlement dans l’espace public est moins « atténué » par un certain contrôle social.

    Depuis mars, les réseaux sociaux sont devenus encore plus centraux dans la vie de beaucoup. Ils mettent une forte pression sur l’image que l’on donne de soi, et on tend à oublier que les photos, avec leurs filtres et leurs mises en scène, ne représentent pas la réalité. Les critiques et le harcèlement y sont monnaie courante et peuvent se poursuivre 24h/24 et 7j/7. Heureusement, la crise sanitaire n’a pas stoppé le processus de radicalisation à gauche de jeunes qui ne sont plus prêtes (et prêts) à accepter cette situation. Et les réseaux sont parfois aussi utilisés pour dénoncer cette situation et organiser la résistance.

    Ainsi, à la suite d’un viol collectif d’une jeune de 16 ans en Israël, des jeunes sont descendus dans les rues durant trois jours, du 20 au 23 août, pour manifester (souvent pour la première fois) jusque tard dans la nuit. Cette protestation s’est clôturée par une grève féministe à laquelle des milliers de personnes ont participé.

    A la rentrée scolaire, un mouvement s’est développé revendiquant de ne pas être jugé ni mise à l’écart à cause d’habits. Dans les écoles, les codes vestimentaires sont appliqués de manière rétrogrades et stigmatisent d’autant plus les femmes. Pour les mecs, porter un short est parfois considéré comme inconvenant. Mais pour les filles, jupe courte, crop top et décolleté sont considérés comme provocant. Selon cette logique, si une fille se fait harceler, voire violer, ce serait de sa faute, car elle aurait provoqué sa propre agression par son choix vestimentaire… Une jupe longue peut, selon qui la porte, être considérée comme un signe de prosélytisme religieux et donc aussi prétexte de refus d’accès aux cours.

    Au travers du hastag parti de France « #14septembre », des jeunes sont venues ce jour-là habillées avec la tenue qu’elles aiment, faisant fi des règlements discriminatoires. Des camarades de classe masculin ont également participé à cette action revêtant parfois une jupe pour l’occasion. Pour ces jeunes, le message rétrograde qui dit que la tenue prime sur l’accès à l’instruction doit faire partie du passé. Elles (et ils) dénoncent l’objectivisation des corps ; les excuses du style « cela pourrait perturber leurs camarades de classes et leurs prof masculins » sont tout bonnement inacceptable. Le problème est dans le regard de celui qui porte ce jugement et non de l’habit qui est porté. Derrière cela, c’est aussi la marchandisation des corps et les injonctions paradoxales permanentes qui sont remises en question.

    Ce phénomène a trouvé un écho en Belgique. Dans de nombreuses écoles, tout le monde, garçons et filles, a porté des jupes en signe de protestation. Il y a également eu beaucoup de réactions contre un règlement d’une école de Bruges où les boucles d’oreilles n’étaient autorisées que pour les filles.

    On a touché un mot de la situation à la maison, dans l’espace public et à l’école, quelle est-elle au travail ? La crise sanitaire a mis en avant les personnes travaillant dans les secteurs essentiels (soins, distribution, aide familiale,…) où les femmes sont majoritaires. C’est plutôt positif, non ?

    Oui en effet, ces personnes habituellement invisibles ou méprisées ont été présentées comme des héroïnes. Cependant, leurs conditions de travail sont particulièrement déplorables : temps partiels involontaires dans la distribution, heures supplémentaires dans les soins, risque sanitaire accru sans fourniture de matériel de protection pour les aides à domicile,… Le salaire horaire est, de plus, régulièrement inférieur à 14€ brut ! Enfin, les contrats précaires (intérim, CDD) sont courant et limitent la possibilité de revendiquer des conditions de travail décentes, de peur de perdre son emploi. Aussi essentielles soient ses travailleuses, elles ne sont pas traitées comme des héroïnes !

    Dans beaucoup d’autres secteurs, le télétravail s’est mis en place tant bien que mal. Et quand les écoles et crèches sont fermées, il faut aussi s’occuper des enfants toute la journée, essayer tant bien que mal de suivre leur scolarité et de trouver des activités, tout en faisant toutes les autres tâches domestiques et télétravaillant. La double journée de travail des femmes est décidément très lourde à supporter.

    Travailler ainsi n’étant souvent pas possible, beaucoup ont dû prendre un congé parental corona durant le confinement ou un congé corona de quarantaine en vigueur actuellement. Mais cela signifie perdre près de 30% de son salaire. Mais pas le choix, on ne peut pas abandonner les enfants à eux-mêmes et les grands-parents ne peuvent pas aider vu le risque lié à l’âge ou parce qu’ils travaillent encore, et puis il faut limiter les contacts… En toute logique, le parent avec le plus petit revenu (généralement la femme) prend ce « congé », perdant par la même aussi son indépendance financière…

    En effet, la situation n’est pas bonne et doit être dénoncée et combattue. Mais quel est le lien avec la journée de lutte contre les violences faites aux femmes ?

    La précarité nous rend plus vulnérables aux autres formes de violences. Comment dénoncer le harcèlement au travail lorsqu’on a peur de perdre son emploi et qu’on a pas d’alternative (chômage, autre emploi) ? Comment quitter une situation familiale violente si notre revenu ne nous permet pas de vivre seule ? Et selon une étude du Taub Center (une agence d’études israélienne qui mène des recherches sur la politique sociale), la pandémie pourrait retarder de 10 ans les progrès concernant la position des femmes sur leur lieu de travail.

    Nous sommes au milieu de la crise sanitaire, mais nous ne sommes qu’au début de la crise économique qui va suivre ; et si je te suis bien, ça sera encore plus catastrophique pour les femmes…

    En effet ! La dépression économique entraînera une nouvelle augmentation de la violence, car elle restreindra encore plus durement l’indépendance financière des femmes. Le chômage augmente plus rapidement chez les femmes – ainsi que chez les jeunes et les personnes immigrées – car elles travaillent plus souvent sous des contrats précaires et sont plus exposées aux licenciements. C’est ce qu’illustre une étude de McKinsey Global qui démontre qu’aux États-Unis, les femmes représentent 43% de la population active, mais supportent 56% des pertes d’emplois liées à la Covid19.

    Mais ne soyons pas défaitistes ! Dans les secteurs essentiels – où les femmes sont majoritaires – il y a des opportunités pour lutter pour un salaire horaire minimum de 14 euros brut et contre les contrats précaires. Une bataille spécifique pourrait aussi se développer autour des conditions du télétravail lorsque les enfants doivent rester à la maison.

    Nous avons aussi un gouvernement qui, pour la première fois, est composé à 50% de femmes ; la Chambre et du Sénat sont présidés par des femmes. C’est un bon signe, non ?

    Dans la sphère politique – comme dans le monde des entreprises – l’élite a intégré qu’il est important d’avoir une certaine diversité. La parité tant à devenir la norme, un progrès symbolique, mais qui s’arrête souvent là, au symbole. La diversité organisée au sein de la classe dominante ne signifie malheureusement pas une réduction des discriminations ni une amélioration des conditions de vie pour l’immense majorité des personnes discriminées.

    Le mot « féminicide » pourrait bien entrer dans le code pénal. L’accord de gouvernement plaide également en faveur d’une meilleure formation de la police et des acteurs de premières lignes aux violences intrafamiliales. C’est en effet important, car souvent les femmes ne sont pas prises au sérieux. Il s’agit maintenant de mettre cela réellement en œuvre en dégageant des moyens, car cette bonne intention n’est pas budgétisée.

    Les violences contre les femmes et les personnes LGBTQI+ est une pandémie qui tue et force plus de la moitié de la population à adapter ses comportements. A ce titre, le gouvernement n’est malheureusement pas crédible lorsqu’il dit faire de « la violence de genre » une « priorité ». Il est heureux que la secrétaire d’État à l’Égalité des chances Sarah Schlitz (Ecolo) ait précisé que fuir une situation de violence la nuit est autorisé malgré le couvre-feu, mais encore faut-il avoir un endroit où aller… Les politiques annoncées par la Vivaldi ne vont pas permettre aux femmes – et aux autres personnes victimes de violence – de quitter une situation de violence. L’accord ne prévoit pas de politique assurant l’indépendance financière des femmes au travers d’allocations au-dessus du seuil de pauvreté (allocation de chômage, allocation d’insertion…) ou d’un salaire décent (min 14€min/h), l’arrêt des flexi-jobs et la lutte contre les temps partiels involontaires. Le débat a été vif sur la pension minimum entre partis de la majorité, mais tous discutaient dans le cadre d’une carrière complète, soit une carrière de 45 ans alors que la carrière moyenne (y compris avec période assimilées) pour une femme actuellement est de 34,2 ans. Le fédéral ne veut pas non plus arrêter de renvoyer les demandeuses d’asile dans les régions contrôlées par les forces réactionnaires telles que les talibans. Aux autres niveaux de pouvoir, il n’y a pas de politique pour encourager la création en masse de logements sociaux et de refuges en suffisance, etc.

    Que faudrait-il pour réellement lutter contre les violences sexistes ?

    Pour remédier aux violences sexistes, les mesures symboliques sont insuffisantes. Il est nécessaire de combiner des revendications pour un enseignement de qualité et un meilleur accompagnement des victimes à celles contre l’objectification des corps pour faire des profits. Il faut aussi amorcer les luttes nécessaires pour permettre l’indépendance économique des femmes afin qu’elles puissent quitter des situations de violence et opérer un réel choix sur leur vie. Seul un vaste programme de satisfaction des besoins sociaux par des services publics de qualité et suffisant ainsi que des conditions de travail et de salaire dignes peut mettre fin aux discriminations.

    La marchandisation de nos corps et les bas salaires ne profitent qu’à un seul groupe de la population : les très riches qui ont d’ailleurs augmenté leur fortune de 28% durant la crise sanitaire. Sexisme, racisme, LGBTQI+phobie, ils ont besoin de nous diviser pour mieux régner.

    C’est cela le féminisme socialiste que défend la Campagne ROSA. Le problème est structurel, il faudra une société débarrassée de l’exploitation pour parvenir à en finir avec le sexisme. C’est un travail de longue haleine, un marathon et non un sprint. Mais un combat que l’on peut gagner si on unit toutes les personnes opprimées et exploitées. Et on l’a constaté ses dernières années, de plus en plus de personnes, en particulier les jeunes, sont prêtes à rentrer en résistance contre l’oppression, l’injustice et les inégalités.

    N’hésitez pas à prendre contact avec nous pour participer à la journée internationale contre les violences faites aux femmes et en faire une journée de lutte. Rejoignez-nous lors des meetings en ligne de préparation. Si vous le pouvez, soutenez-nous financièrement, nous ne disposons que des ressources récoltées auprès de celles et ceux qui soutiennent notre combat. Et bien entendu, rejoignez-nous !

  • Actions dans le cadre de la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes

    25 novembre 2020: Stop aux violences sexistes et LGBTQI+phobes !

    Malgré la crise sanitaire, ne rien faire n’est pas une option : le sexisme omniprésent est un danger tout aussi réel que la Covid19. Nous pensons qu’il est crucial de mener des actions dans la rue contre les violences faites aux femmes et aux personnes LGBTQI+. Pour la sécurité des militantes et militants, la forme des actions dépendra de la situation sanitaire.

    Le sexisme revêt de multiples formes : féminicides, violences physiques ou sexuelles que subissent plus d’un tiers des femmes au cours de leur vie (chiffres OMS) et plus de la moitié des personnes LGBTQI+ en Belgique ! Ce sont également des discriminations, des comportements et remarques inappropriés, mais aussi de la violence économique avec une surreprésentation des femmes et personnes LGBTQI+ précaire.

    Avec la crise sanitaire et le confinement, on a enfin entendu parler de ce qui se passe derrière les portes closes des foyers. Les appels à l’aide pour violences domestiques ont triplé durant le confinement !

    Le harcèlement dans l’espace public est toujours aussi présent. La façon de s’habiller des femmes est encore régulièrement utilisée (en 2020 !) pour leur refuser l’accès aux cours parce que “cela pourrait perturber leurs camarades de classes et leurs prof-masculins”. Leurs habits sont aussi prétexte pour tenter de justifier une attitude sexiste, une agression, voire un viol : “dans cette tenue, elle ne pouvait qu’être consentante”.

    La crise sanitaire a mis en avant les personnes travaillant dans les secteurs essentiels (soins, distribution, nettoyage,…) d’ordinaire invisibles, où les femmes sont majoritaires. Elles ont été présentées comme des héroïnes, mais subissent des conditions de travail précaires (temps partiel, heures sup non payées, intérim), avec un risque sanitaire accru et un salaire horaire régulièrement inférieur à 14€ brut.

    La précarité nous rend plus vulnérables aux autres formes de violences. Comment dénoncer le harcèlement au travail lorsqu’on a peur de perdre son boulot et qu’on a pas d’alternative (chômage, autre emploi) ? Comment quitter une situation familiale violente si notre revenu ne nous permet pas de vivre seule ? Individuellement, il est difficile de réagir ; collectivement, nous sommes plus fortes et forts.
    Tout le système est coupable!

    La marchandisation de nos corps, les bas salaires ne profitent qu’à un seul groupe de la population : les ultra riches (qui ont augmenté leur fortune de 28% durant la crise sanitaire). Sexisme, racisme, LGBTQI+phobie, ils ont besoin de nous diviser pour mieux régner. Pour remédier à ce fléau, l’éducation est une solution largement insuffisante. Le problème est structurel, c’est l’ensemble du système qu’il faut changer !

    Combinons les revendications pour un enseignement de qualité et un meilleur accompagnement des victimes à celles contre l’objectivation de nos corps utilisés pour faire des profits et à celles qui permettent notre indépendance économique pour pouvoir quitter des situations de violence et opérer de réel choix sur notre vie.

    Actions déjà planifiées (dans le respect des mesures sanitaires)

    Mise à jour régulière de cette liste (dernière mise à jour 13/11/2020) – Contactez nous pour les infos pratiques !

    • Bruxelles : dimanche 22 novembre 12h30 – Gare Centrale – action à l’initiative de la plateforme Mirabal // semaine d’actions autour du 25 novembre – à l’initiative de la Campagne ROSA.
    • Liège : dimanche 22 novembre 12h30 – Place Saint Lambert – action à l’initiative de la plateforme Mirabal // mercredi 25 novembre 15h – action à l’initiative de la Campagne ROSA.
    • Bruges : mercredi 25 novembre 18h – ‘t Zand – action à l’initiative de la Campagne ROSA.
    • Gand : mercredi 25 novembre 19h – Sint-BaafspleinAction – action à l’initiative de la Campagne ROSA.
    • Alost : mercredi 25 novembre 19h – action à l’initiative de la Campagne ROSA.
    • Dendermonde : mercredi 25 novembre 18h – Stationsplein – action à l’initiative de la Campagne ROSA.
    • Eeklo : mercredi 25 novembre 19h30 – Markt – action à l’initiative de la Campagne ROSA.
    • Deinze : mercredi 15 novembre 18h – Sint-Poppoplein – action à l’initiative de la Campagne ROSA.
    • Anvers : dimanche 22 novembre 12h30 – Justitiepaleis – action à l’initiative de la plateforme Mirabal //samedi 28 november 14h00 – Keyserlei ( gare d’Anvers centrale) – action à l’initiative de la Campagne ROSA.
    • Louvain
  • Stop à la violence sexiste et LGBTQI-phobe ! Participez aux actions des 22 et 25 novembre !

    La crise sanitaire aggrave la violence contre les femmes

    Le sexisme revêt de multiples formes : les féminicides mais aussi les violences physiques ou sexuelles que subissent plus d’un tiers des femmes au cours de leur vie (chiffres OMS) et plus de la moitié des personnes LGBTQI+ en Belgique ! C’est aussi les discriminations, les comportements et remarques inappropriés ou encore la violence économique, les femmes et les personnes LGBTQI+ étant surreprésentées dans la précarité.

    Avec la crise sanitaire et le confinement, on a enfin entendu parler de ce qui se passe derrière les portes closes des foyers. Les appels à l’aide pour violences domestiques ont triplé durant le confinement !

    Le harcèlement dans l’espace public sévit également toujours. La tenue des femmes est encore régulièrement utilisée (en 2020 !) pour leur refuser l’accès aux cours parce que “cela pourrait perturber leurs camarades de classes et leurs prof masculins”. La tenue sert aussi de justification pour une attitude sexiste, une agression, voire même un viol : “habillée ainsi, elle ne pouvait être que consentante”.

    La crise sanitaire a mis en avant les personnes d’ordinaire invisibles travaillant dans les secteurs essentiels (soins, distribution, nettoyage,…). Les femmes y sont majoritaires. Présentées comme des héroïnes, elles connaissent cependant des conditions de travail précaires (temps partiel, heures sup’ non payées, intérim), avec un risque sanitaire accru et un salaire horaire régulièrement inférieur à 14€ brut.

    La précarité nous rend plus vulnérables aux autres formes de violences. Comment dénoncer le harcèlement au travail lorsqu’on a peur de perdre son boulot et qu’une alternative alternative fait défaut (chômage, autre emploi) ? Comment sortir d’une situation familiale violente si notre revenu ne nous permet pas de vivre seule ? Individuellement, il est difficile de réagir ; collectivement, nous sommes plus fortes et plus forts.

    C’est tout le système qui est coupable

    La marchandisation de nos corps et les bas salaires ne profitent qu’à un seul groupe de la population : les ultra riches (qui ont augmenté leur fortune de 28% durant la crise sanitaire). Sexisme, racisme, LGBTQI+phobie : ils ont besoin de nous diviser pour mieux régner. Pour remédier à ce fléau, l’éducation est une solution largement insuffisante. Le problème est structurel, c’est l’ensemble du système qui doit changer !

    Combinons les revendications pour un enseignement de qualité et un meilleur accompagnement des victimes à celles contre l’objectivation de nos corps utilisés pour faire des profits et celles qui permettent notre indépendance économique pour pouvoir quitter des situations de violence et opérer de réels choix sur nos vies.

    Mon corps, mon choix :

    • Stop à la culture du viol. Pour le droit à s’habiller comme on le souhaite.
    • Stop à la marchandisation de nos corps.
    • Pour une éducation sexuelle qui aborde les notions de consentement, de genre, d’orientation sexuelle,…
    • Pour une dépénalisation complète de l’avortement et une contraception gratuite et de qualité.

    Pour une politique qui nous offre le choix :

    • Plus de moyens publics pour les refuges pour victimes de violence (femmes, familles, personnes LGBTQI+), des logements sociaux, le secteur social, l’enseignement, les transports publics,…
    • Pour des revenus qui nous permettent d’être indépendante financièrement : un salaire horaire de min. 14€ brut, une pension mensuelle de min. 1500€ net quelque soit la carrière, toutes les allocations au-dessus du seuil de pauvreté.
    • Solidarité avec les femmes sans-papiers. Pour une régularisation de toutes et tous.
    • L’émancipation des femmes nécessite une société basée sur la satisfaction des besoins de tout le monde, une société socialiste !

    Participez à nos actions et à notre meeting !

    Nous estimons essentiel d’agir dans la rue contre la violence faite aux femmes et aux personnes LGBTQI+. La sécurité des militantes et militants est cruciale et la forme des actions des 22 et 25 novembre dépendra donc de la situation sanitaire. Participez à la réunion en ligne : “Comment s’organiser contre le sexisme et la violence sexiste” de la Campagne ROSA le mardi 10 novembre de 19h à 21h.

  • Pologne : quelle stratégie pour le droit à l’avortement et renverser le gouvernement ?

    “Il est temps de faire la révolution”

    Malgré les menaces de répression, plus de 100.000 personnes ont pris part à une gigantesque manifestation pour le droit à l’avortement à Varsovie ce vendredi 30 octobre. Dans une incroyable atmosphère de carnaval, les slogans pour les droits reproductifs se mêlaient à ceux pour le renversement du gouvernement. Longtemps après la fin de la manifestation, les slogans se faisaient encore entendre dans les transports. La ville entière était à nous!

    Par des membres d’Alternatywa Socjalistyczna, section polonaise d’Alternative Socialiste Internationale

    Face à ce mouvement massif, le parti dirigeant PiS est désemparé. Des divisions commencent à apparaître en son sein sur la façon de répondre a cette opposition massive. Ainsi, le 27 octobre, dans une allocution télévisée qui n’est pas sans rappeler la déclaration de la loi martiale par Jaruzelski en 1981, Kaczynski (vice-premier ministre) a appelé à défendre les églises contre les manifestants – c’est à dire à rejoindre les bandes fascistes qui s’étaient donné cette mission. Il a été rappelé que, sous le prétexte de la situation sanitaire, toute personne qui appelle à un rassemblement de plus de 5 personnes risque 8 ans de prison. Mais le 30 octobre, le président Duda annonçait déjà que l’avortement resterait possible dans le cas d’un foetus non-viable.

    Les menaces de répression n’ont pas réussi à intimider les manifestants, et les bandes fascistes qui ont tenté d’attaquer la manifestation varsovienne ont été insignifiantes face à cette déferlante. Et la proposition de Duda est risible comparée aux attentes du mouvement : l’avortement libre et gratuit, d’en finir avec ce gouvernement réactionnaire et qui a perdu de son autorité de par sa mauvaise gestion de la crise COVID, et la fin du pouvoir politique de l’Eglise.

    La tentative par Kaczynski de jouer les gros bras l’a fait paraître encore plus faible et plus ridicule qu’avant. L’aura qu’il avait, celle d’un homme dur, maître tacticien et fin stratège, a volé en éclat. Loin d’intimider le mouvement, il l’a rendu plus fort et plus confiant – les manifestants l’ont défié et il s’est révélé impuissant.

    En plus d’être dans l’impasse, le PiS perd de sa base sociale. Des manifestations ont eu lieu dans des bastions électoraux du PiS, petites villes de provinces et quartiers ouvriers où il n’y avait pas eu de manifestations depuis 30 ans. Des électeurs du PiS, qui ont voté pour lui pour ses promesses sociales, rejoignent le mouvement. Même une partie des hooligans, vivier d’extrême droite, se prononce en faveur des droits des femmes (avec une position ambiguë qui consiste à se déclarer en défense des femmes mais contre les “gauchistes”, mais cela montre tout de même un tournant).

    Quelle suite pour le mouvement?

    A l’heure où nous écrivons, il n’y a pas encore d’appel à une nouvelle grève des femmes comme le 28 octobre où à d’autres manifestations nationales comme le 30. OSK, la direction de facto du mouvement, appelle à organiser des blocages au niveau local. OSK a également fondé un “comité consultatif” avec différentes personnalités politiques. Cette initiative est très critiquée au sein du mouvement car la composition de ce comité n’a pas été élue mais nommée par en-haut.

    Comme nous le disions dans notre article du 27 octobre, Alternatywa Socjalistyczna et ROSA Polska appellent à la constitution de comités de grève démocratique au niveau local, qui pourraient ensuite se coordonner au niveau national et élire une direction du mouvement issu de celui-ci.

    Un risque qui existe avec une direction auto-proclamée est que celle-ci – n’ayant pas à répondre à la base – soit très sensible aux pressions externes. Elle pourrait accepter des compromis bien en dessous des aspirations des masses et de ce qu’il est possible de gagner. Le PiS pourra se servir de cela et entamer des négociations avec cette direction, ce qui lui permettrait de limiter les dégâts pour lui-même.

    Pour empêcher cela, il faut non seulement une direction qui représente réellement le mouvement, mais aussi une stratégie pour ne pas laisser le potentiel se perdre. Une grève générale, en augmentant encore le nombre qui peut se joindre aux manifestations et surtout en utilisant le levier du blocage de l’économie, serait certainement un tournant décisif pour gagner.

    Malheureusement, les directions des principaux syndicats ont signé un appel au calme le jour même de la grande manifestation varsovienne, ensemble avec les patrons, au prétexte de la crise COVID. Cela ne représente pas du tout l’état d’esprit de la base de ces syndicats. Les discussions sur nos lieux de travail et avec d’autres syndicalistes montrent un large soutien de la classe ouvrière au mouvement. Il y a d’ailleurs eu des actions sur les lieux de travail, comme dans les hôpitaux ou les transports, et des déclarations de soutien de la part de syndicats de postiers, chauffeurs de taxis, mineurs… Le syndicat Août 80 a quant à lui annoncé qu’ils apporteraient un soutien à toute personne poursuivie en justice pour sa participation au mouvement, une très bonne initiative. Nous continuons à construire la pression par la base pour l’appel à une grève générale et appelons tous ceux qui nous entourent à le faire.

    La popularité des slogans pour renverser le gouvernement pose une question cruciale : par quoi remplacer celui-ci? La place vacante pourrait être rapidement saisie par des politiciens de l’establishment opportunistes. Pour se maintenir au pouvoir, ils répondraient à une partie des attentes du mouvement concernant les droits reproductifs, tout en ménageant les capitalistes et la force politique que représente l’église – c’est à dire probablement avec un nouveau compromis, et sans rendre l’avortement et la contraception gratuites donc accessible à toutes.

    Alternatywa Socjalistyczna et ROSA Polska défendent que le renversement du PiS ne pourra pas garantir une victoire complète et sur le long terme sans le renversement du système que le PiS protège. Nous défendons dans ce mouvement que le capitalisme est à renverser pour le remplacer par un système socialiste qui réponde aux besoins de tous et pose les bases matérielles et sociales pour assurer les pleins droits reproductifs et démocratiques.

  • Jeudi 5 novembre : Rencontre online avec une féministe de Pologne

    Jeudi 5 novembre, à partir de 19h

    Participe à une discussion avec une militante polonaise de ROSA Polska et plonge toi aussi dans l’extraordinaire mouvement de masse pro-choix qui a explosé en Pologne ! Le gouvernement pensait profiter des mesures sanitaires pour attaquer les droits des femmes, mais la colère est aujourd’hui dans la rue !

    Ni la pandémie, ni la répression brutale ne sont parvenus à bloquer les manifestantes et manifestants et la lutte a largement dépassé le cadre du droit à l’avortement : c’est toute la politique du parti au pouvoir, Droit et Justice (PiS), et la place de l’Eglise dans la société qui est en jeu ! Un slogan résume parfaitement les choses : “J’aimerais pouvoir avorter de mon gouvernement”.

  • Mouvement de masse pour le droit à l’avortement en Pologne : le Covid ne peut pas stopper la colère !

    Suite à l’arrêt rendu jeudi dernier par la Cour constitutionnelle de Pologne selon lequel l’avortement en cas de malformation du fœtus est anticonstitutionnel, les protestations et les manifestations de masse ont balayé le pays en gagnant en nombre jour après jour. Après l’annonce de la décision jeudi dernier, une manifestation spontanée s’est dirigée vers le siège du parti au pouvoir, Droit et Justice (PiS), à Varsovie, puis vers le domicile privé de Jarosaw Kaczyński, leader du PiS. Les manifestations et les protestations se sont poursuivies chaque jour depuis la décision, prenant de l’ampleur et s’étendant à tout le pays. Le dimanche, des milliers de manifestants ont pris d’assaut les églises et ont dû faire face à un affrontement avec la police dans de nombreuses villes. Le lundi, des barrages dans plus de 50 villes ont paralysé la circulation dans le pays.

    Par Paweł Nowak, Alternatywa Socjalistyczna (section polonaise d’Alternative Socialiste Internationale)

    • Discussion ce soir (en anglais) avec des activistes polonaises à l’initiative de ROSA – Irlande ! Evénement Facebook

    L’avortement est déjà presque impossible

    Actuellement, l’avortement est toujours légal en Pologne en cas de viol, d’inceste, ou lorsque la vie ou la santé de la femme est en danger. Cependant, dans la pratique, le droit à l’avortement dans ces cas est généralement bloqué par un “cas de conscience” du médecin. Il existe des régions dans le pays où aucun hôpital ne pratiquera d’avortement. L’autre cas où l’avortement est légal, c’est lorsque le fœtus est endommagé. Ce droit a été attaqué pour la première fois il y a quatre ans, lorsqu’un projet de loi introduisant une interdiction a été discuté au Parlement. À l’époque, un mouvement de masse de plusieurs mois avait culminé en une grève “des femmes” qui a également impliqué des étudiants des écoles et des universités. Craignant que le mouvement ne devienne incontrôlable, le PiS avait décidé de placer le projet de loi interdisant l’avortement au “frigo” parlementaire.

    Le PiS a toutefois décidé de revenir à la charge contre le droit à l’avortement en exploitant cyniquement les restrictions en matière de pandémie qui empêchent les rassemblements publics de plus de cinq personnes. La colère est d’autant plus forte que cet arrêté, rendu par la Cour constitutionnelle inféodée à Kaczyński, intervient à un moment où la pandémie échappe à tout contrôle avec plus de 16.000 nouvelles contaminations en Pologne chaque jour. Mais si le PiS pensait pouvoir introduire cette interdiction avec un minimum d’agitation, il a sérieusement sous-estimé la sensibilité à ce sujet dans le pays. L’éruption de colère est similaire au lâcher d’une bombe dans un volcan en sommeil. Le mouvement est beaucoup plus large aujourd’hui, avec des protestations beaucoup plus importantes et plus furieuses qu’il y a quatre ans, en particulier dans les petites villes.
    La jeunesse et dans la rue

    Tout comme il y a quatre ans, la jeunesse est fortement impliquée dans la mobilisation, des étudiants d’université mais aussi des écoliers. Mais cette fois, la colère dirigée contre le PiS, l’Église catholique et le parti d’extrême droite Konfederacja a atteint un point d’ébullition. De plus, il s’agit d’un mouvement beaucoup plus important et spontané qu’il y a quatre ans. Bien que les groupes Facebook qui organisaient les manifestations il y a quatre ans soient les mêmes, sur le terrain, il n’y a ni organisateurs, ni orateurs, et personne ne sait où va chaque manifestation ni combien de temps elle va durer.

    Il y a quatre ans, les libéraux de la Plateforme civique et du KOD (Comité pour la défense de la démocratie) ont réussi à se placer à la tête du mouvement et à faire taire les voix les plus radicales, allant jusqu’à expulser les manifestants qui avaient des slogans “vulgaires” sur leurs pancartes ou qui exigeait le droit à l’avortement à la demande. Les organisations politiques de gauche avaient même été interdites de distribuer des tracts lors de nombreuses manifestations.

    Ici, le niveau de colère est tel que le slogan central est désormais “Wypierdalać !”. (F**k off !). Un autre slogan populaire, mais plus subtil, est “J’aimerais pouvoir avorter de mon gouvernement”. Il est clair que les manifestants ne veulent pas simplement abroger la décision de la Cour constitutionnelle : ils veulent se débarrasser du gouvernement Droit et Justice et de la hiérarchie de l’Église corrompue qui domine l’État.

    Une grève “des femmes” a été appelée pour le mercredi 28 octobre. Alternatywa Socjalistyczna (la section polonaise d’Alternative Socialiste Internationale) et sa campagne féministe socialiste ROSA Polska appellent les syndicats à se prononcer clairement contre l’interdiction de l’avortement, à soutenir activement la grève de mercredi et à se préparer à une grève générale d’une journée sur cette question. Nous demandons également à tous les élèves et étudiants d’abandonner leurs cours à distance mercredi, de manifester leur opposition et de s’organiser. Nous invitons les étudiants et les élèves à créer des comités de lutte démocratiques autour de leurs classes, de leurs écoles et de leurs universités.

    Nous ne luttons pas seulement contre l’attaque actuelle contre le droit à l’avortement. Nous exigeons le droit des femmes à pouvoir choisir et décider dans toutes les situations par l’avortement et la contraception sur demande, sans questions, gratuit, libre et facile d’accès. L’influence des fondamentalistes religieux doit être retirée de l’État, des services de santé et des écoles.

    Nous revendiquons une augmentation massive du budget de la santé pour lutter contre la pandémie de COVID-19 et pour améliorer les droits reproductifs des femmes. Nous exigeons que la garde des enfants soit gratuite. Nous exigeons une augmentation massive de l’allocation pour les parents d’enfants et d’adultes handicapés. Nous exigeons la séparation de l’Église et de l’État. Nous refusons l’enseignement religieux dans les écoles et exigeons qu’il soit remplacé par une éducation sexuelle dispensée par des éducateurs spécialisés correctement formés. Enfin, ce gouvernement de droite fondamentaliste religieux doit être renversé : il faut avorter du gouvernement PiS et du système qu’il représente. Mais nous ne devons pas nous arrêter là, pour que les femmes aient vraiment le choix, nous devons considérablement améliorer les conditions sociales et nos conditions de vie, ce qui nécessite une transformation socialiste de la société.

  • Scandale dans les institutions internationales : du sexe contre un emploi, du pain, une terre

    Le capitalisme néocolonial exacerbe les abus des institutions impérialistes

    L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a beaucoup figuré sur nos radars ces derniers temps, souvent présentée sous un jour favorable pour ses conseils d’”expert” sur la manière de faire face à la pandémie de COVID-19. Toutefois, le 29 septembre, un rapport a été publié, détaillant les abus sexuels commis par les employés de l’OMS lors de sa réponse à la crise Ebola de 2018 en République démocratique du Congo (RDC). Aux côtés de l’OMS, d’autres agences et ONG telles que ALIMA, UNICEF, IMC, World Vision, OXFAM, MSF (Médecins sans frontières) sont accusées.

    Par Rose Lichtenstein, Workers and Socialist Party (ASI – Afrique du Sud)

    Les 51 femmes interrogées ont toutes déclaré avoir subi des pressions pour avoir des relations sexuelles avec des employés de l’OMS et d’autres agences déployées dans le cadre du projet d’aide Ebola.

    Près de 60 % d’entre elles ont été exploitées sexuellement par des hommes travaillant pour l’OMS. Des rapports indiquent également que des contrats de travail ont été résiliés lorsque des femmes ont refusé d’avoir des relations sexuelles avec leurs supérieurs masculins. Bien que le ministre de la santé de la RDC affirme qu’aucune plainte officielle n’a été déposée, les journalistes ont constaté que les récits étaient si nombreux et similaires que la pratique semblait être répandue et courante.

    Un chauffeur pour l’une des agences d’aide a déclaré que “c’était si régulier que c’était comme si on achetait de la nourriture au supermarché”. Une femme a déclaré que le sexe était devenu “un passeport” pour des emplois qui payaient des salaires beaucoup plus élevés dans une région où les emplois stables pour les femmes sont rares. “Les femmes ont déclaré que les hommes refusaient systématiquement de porter des préservatifs – à une époque où l’on décourageait les contacts physiques pour enrayer la propagation du virus mortel. Beaucoup connaissaient le nom de ces hommes”.

    Les actes “généralisés”, une forte tendance au sein de l’ONU

    Malheureusement, ces rapports ne sont pas une surprise. Les agences de l’ONU chargées du “maintien de la paix”, communément appelées les “casques bleus”, et de l’”aide” dans les régions les plus troublées et les plus déchirées par la guerre de notre planète sont mêlées à des scandales similaires depuis des décennies.

    Pendant la guerre de Bosnie (1993-94), 47 soldats canadiens de maintien de la paix ont été accusés d’avoir abusé sexuellement d’infirmières et d’interprètes et d’avoir abusé physiquement de patients souffrant de troubles mentaux. Les abus sexuels commis par les soldats de la paix de pas moins de dix contingents internationaux en République centrafricaine en 2016 étaient si graves, y compris des soldats français utilisant de la nourriture pour attirer jusqu’à des filles seulement âgées de 9 ans pour des rapports sexuels, que le HCR lui-même a été contraint d’admettre que ces actes étaient “généralisés”. Actuellement, le personnel de l’ONU dans la région ougandaise de Karamoja, frappée par la sécheresse, est accusé d’échanger de la nourriture contre des rapports sexuels dans une région où plus de 500 000 personnes sont confrontées à des pénuries alimentaires.

    La réalité est plus sombre encore si l’on considère l’exploitation sexuelle des enfants.

    Dans une étude des Nations unies de 1996 sur les effets des conflits armés sur les enfants, Graça Machel a indiqué que “dans 6 des 12 études nationales sur l’exploitation sexuelle des enfants dans les situations de conflit armé […] l’arrivée des troupes de maintien de la paix a été associée à une augmentation rapide de la prostitution enfantine”.

    En 2017, il a été rapporté que sur une période de 10 ans, plus de 100 soldats de maintien de la paix ont été impliqués dans la gestion d’un réseau de prostitution d’enfants. En 2004, Amnesty International a rapporté que des filles ont été kidnappées, torturées et forcées à se prostituer au Kosovo ; la demande d’esclaves sexuels d’enfants était alimentée par le personnel de l’OTAN et de l’ONU. Le viol systématique d’enfants locaux était utilisé comme moyen de coercition.

    Conditions d’exploitation

    Les Nations unies et d’autres agences d’aide à grande échelle se déploient souvent dans des régions où les populations locales sont confrontées à un grave désespoir. Englués dans des conditions de guerre civile et de pandémie, les femmes et les enfants sont généralement confrontés à une pauvreté extrême, au manque d’emplois, à des pénuries de nourriture et d’eau, à un accès insuffisant aux soins de santé, tant physiques que mentaux, et sont déracinés de leurs terres. Les forces de maintien de la paix et les organismes d’aide déployés dans le cadre de mesures provisoires et de secours entrent dans ces régions dans une position idéale pour tirer parti de la dernière chose qu’il reste à vendre pour ces femmes et ces enfants : leur corps. Les immenses disparités de pouvoir entre les forces “déployées” (d’occupation) et la population locale créent les conditions idéales pour que les abus se multiplient. En outre, les forces de maintien de la paix et les organismes d’aide sont parfaitement placés pour exploiter l’immense inégalité entre les sexes et l’oppression, telle que la marchandisation généralisée des femmes et du sexe et les niveaux élevés de violence sexiste, qui existent déjà dans ces régions.

    Cependant, ce sont ces mêmes “forces de maintien de la paix” et agences d’”aide” qui sont à l’origine de l’exploitation. L’ONU reçoit la grande majorité de ses fonds de nations impérialistes telles que les États-Unis (22 %) et la Chine (12 %). Ce sont ces mêmes pays dont les gouvernements et les grandes entreprises se battent pour obtenir des ressources, des terres et une main-d’œuvre bon marché dans le monde néocolonial. L’ONU a été créée pour sauver le capitalisme après la Seconde Guerre mondiale, avec des institutions financières comme le FMI et la Banque mondiale pour contrôler les anciennes colonies, et où les pays néocoloniaux sont privés de toute représentation démocratique réelle alors que les pays impérialistes jouissent d’un important droit de veto. En substance, l’ONU existe pour promouvoir les intérêts des nations impérialistes et leur poursuite de la domination économique.

    La nécessité pour le système capitaliste d’augmenter constamment ses profits et d’élargir ses marchés est à l’origine de l’instabilité politique et sociale des régions “justifiant” le déploiement de l’ONU et de l’aide. La RDC et de nombreux autres pays d’Afrique sont traités comme des terrains de jeu pour les industries extractives, où la classe capitaliste mondiale peut faire avancer son idéal selon lequel la main-d’œuvre doit être libre de tout obstacle qui empêche la circulation des capitaux et des potentiels de profits. Cet idéal a non seulement entraîné des conditions proches de l’esclavage en Afrique, mais des cas importants de travail forcé, qui continuent d’être documentés.

    Une question de pouvoir

    L’impérialisme est un capitalisme qui s’étend sur toute la planète dans une compétition entre ses principaux États-nations et leurs classes dominantes pour les marchés, les exportations de capitaux, l’influence politique et militaire. L’ONU tente d’unifier, avec un succès toujours plus grand, la classe capitaliste des différents pays et sert de médiateur entre leurs intérêts politiques et économiques sous le voile de la diplomatie.

    Cela leur permet d’affirmer collectivement leur domination sur la classe ouvrière au niveau international.

    Le viol et les abus sexuels ont toujours été une question de pouvoir sur un autre être humain. Cela remonte à l’époque où les femmes et les enfants étaient considérés comme des “butins de guerre”. Avant le milieu du siècle, les femmes et les enfants étaient capturés et vendus comme esclaves pour le travail et le sexe. Même dans les sociétés qui avaient aboli l’esclavage, il était considéré comme normal que les commandants des armées d’invasion victorieuses permettent à leurs soldats de “violer et piller” dans le cadre de leur rémunération pour les combats. Ces pratiques contribuaient à l’élément déshumanisant de la guerre et n’étaient pas limitées à un seul pays, mais constituaient plutôt un phénomène commun partout où des conflits violents pointaient le bout de leur nez.

    Le viol systématique des femmes n’est pas seulement une caractéristique historique, mais un moyen-clé de la guerre moderne aujourd’hui – la RDC, la guerre des Balkans et la Syrie en sont des exemples bien documentés. La violence sexuelle visant spécifiquement les femmes et les enfants est une arme consciente qui déshumanise et objectifie les personnes occupées. Elle joue un rôle essentiel dans le maintien des divisions fondées sur la nationalité dans l’ensemble de la classe ouvrière et la justification d’autres formes de violence.

    Dans le monde néocolonial, la misogynie toxique (préjugés ancrés contre les femmes) issue de millénaires d’oppression des femmes se mélange au racisme inventé uniquement pour justifier l’esclavage et la colonisation à la recherche de profits. L’acte même d’occupation par des forces extérieures pour maintenir la paix et/ou apporter aide et assistance fait le jeu de la fausse idée que les populations locales sont des “sauvages” incapables de résoudre ces crises elles-mêmes. Il n’est donc pas surprenant que là où des occupations de maintien de la paix ont lieu, la tendance générale soit à l’augmentation significative des actes sexuels violents. L’ONU fournit aux capitalistes le moyen de dépouiller le monde néocolonial de toutes ses richesses, et s’en sert ensuite comme justification pour envoyer des forces d’occupation “aider” les “sans défense” et “mal équipés”, tout en fermant les yeux sur la violence continue de ses forces.

    Aucune justice pour les victimes

    Le fait que les victimes de ces actes horribles n’aient pratiquement aucune voie vers une quelconque forme de justice n’est pas une coïncidence, mais une caractéristique du système capitaliste mondial. Les forces d’occupation de l’ONU sont immunisées contre les lois locales et il est de la responsabilité de leur pays d’origine de les “discipliner” et, en général, il est difficile de savoir quelle justice, s’il y en a une, a été rendue. Dans leur pays d’origine, les victimes sont confrontées à l’obstacle de l’instabilité due aux épidémies et aux conflits qui bloquent encore davantage l’accès à la justice.

    Cela illustre parfaitement les contradictions du système juridique international libéral. Les puissances économiques peuvent dominer le monde entier sous les prétextes juridiques d’institutions comme les Nations unies et la Banque mondiale – allant jusqu’à prescrire des modifications du droit local en fonction de l’”aide” fournie – mais l’accès aux droits de l’homme et à la dignité est “sous-traité” aux autorités locales.

    Les belles paroles, la reconnaissance d’actes grotesques et la promesse de faire mieux de la part des Nations unies et de leurs agences ne changeront pas grand-chose à cette question de la surexploitation des femmes et des enfants. L’ONU a été créée autour des années 1950 dans le seul but de sauver le capitalisme après que des guerres brutales aient poussé les gens ordinaires à envisager une alternative. L’exploitation est à sa racine même et, en continuant d’approuver la recherche incessante de profits dans le monde néocolonial, elle permettra la poursuite de la super-exploitation et l’intensification de l’oppression sexiste et raciste des personnes les plus vulnérables.

    Quelle alternative ?

    En tant qu’Alternative Socialiste Internationale, nous sommes opposés à toute implication impérialiste dans les conflits, qu’elle soit ou non sanctionnée par l’ONU. Nous nous efforçons d’exposer les illusions de l’ONU, de ses missions de “maintien de la paix” et de sa “charité” en tant que sauveurs, et nous tournons plutôt nos espoirs vers la classe ouvrière et les populations pauvres au niveau local, ainsi que vers la solidarité internationale de la classe ouvrière. À ce stade, il est crucial d’exiger la création de tribunaux indépendants dirigés par les travailleurs et les communautés pour enquêter de manière approfondie sur les abus de l’OMS et des agences d’aide en RDC, tribunaux qui auraient le pouvoir de demander des comptes aux auteurs de ces abus. En outre, toutes les victimes devraient bénéficier immédiatement de services de conseil et d’une indemnisation.

    Nous pensons que la classe ouvrière et les pauvres devraient avoir le contrôle des richesses – telles que les vastes richesses minérales de la RDC – qui sont produites dans la société, et nous organisons activement des campagnes de masse dans plus de 30 pays pour la nationalisation des hauts lieux de l’économie sous contrôle des travailleurs, comme un pas vers un monde socialiste. Cette richesse peut être utilisée pour créer des systèmes de santé locaux suffisamment dotés en ressources, ainsi que des comités de maintien de la paix dirigés par les travailleurs et les communautés, comme l’exige la population dans ces conditions extrêmes.

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