Category: Europe

  • Parlement européen : Une nouvelle victoire remportée contre ACTA

    La commission du commerce international au sein du Parlement Européen a voté contre le très controversé ‘‘accord commercial anti contrefaçon’’, rejeté à une majorité évidente de 19 votes contre pour 12 voix en faveur. Cela constitue une victoire essentielle pour la liberté d’internet en Europe

    Paul Murphy, député européen du Socialist Party (parti-frère du PSL en République irlandaise) et membre de la commission du commerce international, a déclaré que : ‘‘Ce vote d’opposition à ACTA représente une victoire majeure dans la lutte contre les attaques menées à l’encontre de nos libertés civiles. ACTA a été rejeté au sein de la commission du commerce international grâce à la mobilisation de dizaines de milliers de personnes qui ont protesté à travers l’Europe. Désormais, la pression doit être maintenue dans l’attente du vote sur ACTA qui aura lieu lors d’une session plénière au Parlement européen. Il faut s’assurer que cette attaque pernicieuse à l’encontre des libertés du net qui ne sert que les intérêts des grandes entreprises soit terrassée.’’

    ‘‘Faire le bon choix ?’’ – Une défaite de la Commission Européenne

    Les organisations politiques qui ont voté contre ACTA sont : la Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique (GUE/NGL), opposée à ACTA dès le départ, le groupe ALDE (Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe), le groupe Europe libertés démocratie (EFD) et l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates au Parlement européen (S&D). La majorité des membres du Parti Populaire et du Groupe des conservateurs et des réformateurs européens (ECR) ont soutenu ACTA.

    Paul Murphy ajoute : ‘‘Désormais, l’accord sera voté lors d’une session plénière au Parlement européen au mois de juillet. S’il y a de nouveau une mobilisation importante de la population, des manifestations et des pétitions et que les députés européens sont toujours bombardés d’e-mails, ACTA peut être vaincu. Un vent puissant soufflera alors sur les plans des gros bonnets de la finance au sein de la Commission européenne.’’

    Le commissaire européen en charge du Commerce, le Belge Karel De Gucht, défenseur avoué et acharné du néo-libéralisme, s’est adressé à la commission du commerce international la veille du vote afin de convaincre les membres de reporter leur vote jusqu’à ce que la Cour européenne de Justice ait donné son verdict sur ACTA. La Commission Européenne, sous la pression des mouvements de masse qui s’opposent à ACTA, avait amené ACTA devant la Cour de Justice afin de décider s’il était compatible avec les Lois Européennes. Cette stratégie visait à gagner du temps, à retarder le vote et à démobiliser le mouvement anti-ACTA.

    Son discours s’intitulait : ‘‘Faire le bon choix’’. Néanmoins, le président de la commission du commerce international a clairement fait savoir que si les membres du Parlement ne faisaient pas le ‘‘bon’’ choix, la Commission européenne s’attaquerait à la question de la défense des droits de propriété intellectuelle d’une autre manière. Il a expliqué sa stratégie à la Commission Européenne de la manière suivante : ‘‘Si vous décidez de voter de manière négative devant les règles de la Cour Européenne, permettez-moi de vous dire que la Commission continuera de tout de façon à poursuivre la procédure actuelle devant la Cour, comme nous en avons le droit. Un vote négatif n’arrêtera pas le processus qui passera devant la Cour de Justice. Si la Cour questionne la conformité de cet accord avec les Traités nous évaluerons, à ce moment, comment ceci peut être abordé.’’ Il a encore ajouté : ‘‘Une fois que nous aurons identifié et discuté ces possibles clarifications, j’essayerai de déposer une seconde requête pour un consentement au niveau du Parlement Européen. Que le Parlement la considère sous cette législature ou la suivante, cela ne dépend que de vous.’’

    Il semblerait désormais que ACTA puisse bel et bien être battu au mois de juillet. Pourtant, les gros bonnets de la finance européenne et de la Commission européenne ont beaucoup d’intérêts en jeu. Pour ces derniers, garder main mise sur la propriété intellectuelle est un enjeu capital. Nous pourrions être confrontés à une autre forme d’ACTA dans un proche avenir. C’est pour cela que la campagne pour la liberté de l’internet doit se poursuivre.

  • Élections en Grèce : la campagne de chantage et de peur a (temporairement) fait son travail

    Le parti de droite Nouvelle Démocratie (ND), a remporté les nouvelles élections de justesse avec 29%, devant SYRIZA (27%). Grâce au bonus (non démocratique) de 50 sièges directement octroyés au vainqueur, la voie est ouverte pour un gouvernement antisocial qui suivra la politique imposée par l’Union Européenne, la Banque Centrale Européenne et le Fonds Monétaire International. Dans les grandes villes, où Syriza est sorti des urnes comme le plus grand parti, la déception était grande.

    Par notre correspondant à Athènes, Frederik de Groeve

    Malgré les faiblesses contenues dans son programme, la coalition de la gauche radicale Syriza était clair sur le fait que seul un gouvernement de gauche est en mesure d’inverser la spirale négative dans laquelle se trouve la Grèce depuis maintenant plusieurs années. Une victoire de Syriza aurait constitué un signal très fort pour des millions de personnes à travers l’Europe, ces millions de personnes aujourd’hui confrontées à des attaques contre leurs retraites, leur sécurité sociale et tous leurs autres acquis sociaux remportés de haute lutte par les générations précédentes.

    Pour éviter pareille situation, la droite a été aidée par Merkel & Co pour mener une campagne de terreur sans précédent. Le vote pour Syriza a été présenté comme étant un vote contre l’euro et même contre l’Europe en général, entraînant des conséquences dramatiques. Mais Syriza a tout de même obtenu 26,89% des voix, une ‘‘défaite’’ à relativiser face au 29,66% qu’a seulement pu ramasser la droite avec sa campagne de peur. Les conservateurs vont donc pouvoir réaliser un gouvernement d’austérité. Mais ce ne sera pas un gouvernement stable. Le mécontentement est loin de pouvoir disparaître. Syriza doit maintenant utiliser sa progression électorale afin de lutter contre les assainissements et d’offrir un prolongement politique pour les luttes présentes et à venir.

    Comment faire face au chantage et à la peur?

    Alexis Tsipras, le chef de file de Syriza, a omis d’expliquer que la sortie de l’euro arrivera tout de même tôt ou tard, qu’importe quel parti allait l’emporter. Sur ce point, la droite doit être démasquée. Au lieu de cela, Syriza a promis que la Grèce pourrait rester dans la zone euro, une promesse qu’elle ne pourra jamais tenir. Ces positions erronées sont le résultat d’un manque de consultation démocratique et de discussion au sein des rangs de Syriza. La coalition de la gauche radicale est trop tournée vers les élections et a un besoin urgent que ses rangs soient ouverts à toute personne désireuse de construire la résistance active dans les quartiers et les entreprises.

    La campagne électorale a offert une première tentative en ce sens, avec l’organisation de réunions locales dans tout le pays. Maintenant, Syriza doit utiliser sa position d’opposition pour continuer ces rencontres et essayer de créer des alliances actives pour s’engager dans la lutte contre la prochaine vague d’austérité. Grâce aux 71 sièges parlementaires qu’a récoltés Syriza, chaque acte posé par le nouveau gouvernement aura face à lui une opposition féroce. Il s’agit d’un défi pour Syriza et pour toute la gauche parlementaire, qui doit lier sa position parlementaire à la lutte active avec les syndicats et les associations de quartier.

    Le KKE sanctionné pour son attitude sectaire

    Le KKE, le parti stalinien grec qui dispose d’une organisation très puissante, a refusé de collaborer avec Syriza dans ces élections. Même si beaucoup de critiques posées par ce parti sont justes, elles ne représentent en rien des raisons suffisantes pour rester sur la touche. En s’opposant à la construction d’un front contre les partis pro-austérité et en jouant cavalier seul aux élections, le parti communiste grec s’est isolé du mouvement et n’a pas été suivit par ses électeurs. Leur nombre de voix a baissé de moitié pour arriver à environ 4%, ce qui a provoqué une certaine frustration. À la télévision nationale, lors de l’annonce des résultats, un porte-parole du KKE a accusé Syriza d’être un agent de l’impérialisme, soutenu par l’Amérique, et a fustigé les travailleurs grecs de s’être trompés et de tomber dans le piège d’une nouvelle social-démocratie, après l’effondrement du PASOK !

    Avec une approche positive tout en gardant ses propres opinions et critiques, le KKE aurait pu faire la différence en étant l’aile gauche du gouvernement. Son attitude sectaire va maintenant malheureusement coûter cher à la population grecque dans la période à venir. Les travailleurs et leurs familles vont être poussés de plus en plus dans la misère par le gouvernement de Samaras (de la Nouvelle Démocratie). Pour les forces de gauche du monde entier, il s’agit maintenant d’en tirer des leçons…

    L’appauvrissement de la population renforce l’extrême droite

    Bien que le parti d’extrême-droite Aube Dorée ait perdu trois sièges par rapport aux élections de mai, il reste une menace majeure pour la société grecque. Les nouveaux plans d’assainissement et la dégradation des conditions de vie de la communauté grecque pousseront encore plus d’électeurs vers l’extrême droite. La violence prônée par ce parti pourra s’exprimer, leurs militants faisant déjà ouvertement le salut hitlérien, le parti affirmant même ‘‘après les immigrés, les homos dehors!’’ Le gouvernement actuel ne sera pas en mesure de répondre à la confiance croissante envers l’extrême droite, et ce alors que la Grèce devra affronter la terreur, l’angoisse et de nouvelles difficultés.

    Les tâches et les responsabilités pour le mouvement ouvrier sont énormes, car il est clair que c’est la seule force dans la société qui peut faire face aux défis immenses auxquels elle est confrontée. C’est seulement en reprenant confiance en ses propres forces et en tirant les leçons des événements dans leur propre pays et dans ceux du sud de l’Europe, que le mouvement ouvrier va trouver un moyen de sortir de cette période de déclin et de misère.

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  • [PHOTOS] Manifestation anti-Acta !

    Quelques 200 personnes environ ont défilé samedi dernier à Bruxelles pour protester contre le traité ACTA qui, sous couvert de prétendre lutter contre la contrefaçon, est une véritable attaque contre les libertés. Les manifestants ont ainsi marché en scandant notamment ‘‘pixel par pixel, page par page, détruisons le web-flicage’’.

    Par Karim

    On peut toutefois s’étonner de la présence du député européen Marc Tarabella, du PS qui a critiqué ce texte qui ‘‘ne propose qu’un flou juridique dans lequel les libertés fondamentales des citoyens européens sont gravement en danger.’’ C’est tout à fait vrai, mais c’est également le cas du traité fiscal européen (le Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance (TSCG), également connu sous le nom de Traité d’Austérité), approuvé par Di Rupo. En bref, chez les partis traditionnels, la lutte contre ACTA permet de masquer bien des choses…

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  • [PHOTOS] Meeting électoral de Syriza à Athènes

    Ce 14 juin, entre 10.000 et 15.000 personnes ont assisté à Athènes à un meeting électoral de la coalition de la gauche radicale Syriza. La place sur laquelle se déroulait l’évènement était bien trop petite que pour accueillir la foule. Nos camarades grecs de Xekinima, section grecque du Comité pour une Internationale Ouvrière, étaient également présents, de même que Paul Murphy, député européen du Socialist Party (CIO-Irlande).

    De Frederik, correspondant de socialisme.be à Athènes


    Ce 20 juin, 3 jours après la tenue des élections en Grèce, Nikos Chountis (eurodéputé de Syriza) sera présent à un meeting européen contre l’austérité, où il prendra la parole en présence de Paul Murphy (député européen du Socialist Party, Irlande), de Charlotte Balavoine (candidate du Front de Gauche aux législatives pour la circonscription du Bénélux), de Tony Mulhearn (Trade Union and Socialist Coalition, Angleterre), d’un représentant d’Izquierda Unida (Espagne), de Stephen Bouquin (Rood!) et d’Anja Deschoemacker (‘Gauches Communes’). PLUS D’INFOS


  • Elections grecques : Votez SYRIZA! Pour un gouvernement de gauche avec un programme socialiste !

    Pour les élections législatives de ce 17 juin, nous avons le choix entre les conservateurs de la Nouvelle Démocratie (ND) et la coalition de la gauche radicale Syriza. Le choix auquel nous sommes confrontés est le suivant : la poursuite de la politique d’austérité et des mémorandums ou la fin de cette politique antisociale afin d’adopter un cours nouveau.

    Déclaration de Xekinima, section grecque du Comité pour une Internationale Ouvrière

    Les deux partis qui gouvernent le pays depuis des années, le PASOK social-démocrate et la ND conservatrice, ont provoqué une baisse générale des conditions de vie pour des millions de travailleurs, de jeunes et de retraités. Ces mêmes partis ont également posé les bases qui ont permis la croissance d’Aube Dorée, une bande d’assassins fascistes, qui se qualifient de ‘‘patriotes’’ tout en regardant avec nostalgie la période hitlérienne ou celle de la dictature militaire des colonels connue en Grèce de 1967à 1974. Ils ont pu entrer au Parlement pour la première fois.

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    MEETINGS : Pour une alternative à l’Europe d’austérité !

    Ce 20 juin, 3 jours après la tenue des élections en Grèce, Nikos Chountis (eurodéputé de Syriza) sera présent à un meeting européen contre l’austérité.

    Bruxelles – Mercredi 20 juin, 19h30

    Meeting organisé par Alternatives à Bruxelles & ‘‘Gauches Communes’’ avec :

    • Nikos Chountis, eurodéputé de Syriza, Grèce
    • Paul Murphy, député européen du Socialist Party, Irlande
    • Charlotte Balavoine, candidate du Front de Gauche aux législatives pour la circonscription du Bénélux
    • Tony Mulhearn, Trade Union and Socialist Coalition, Angleterre
    • Un représentant d’Izquierda Unida, Espagne
    • Stephen Bouquin, de Rood!
    • Anja Deschoemacker, ‘Gauches Communes’

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    Nous appelons les millions de victimes de la politique du PASOK et de la ND à faire tout ce qui est en leur pouvoir pour mettre un terme à cette politique. Aujourd’hui, cela signifie de voter pour Syriza.

    La gauche doit travailler ensemble

    Pour ces élections du 17 juin, les forces de gauche auraient dû travailler ensemble afin d’assurer que la politique grecque change de cap autant que possible. Le KKE (Parti communiste) et Antarsya (une alliance de gauche anticapitaliste) auraient dû répondre positivement à l’appel de Syriza visant à coopérer ensemble avec l’objectif de constituer un gouvernement de gauche.

    Ces deux formations ont basé leur refus sur le prétexte que le programme de Syriza est insuffisant, pas assez radical et à gauche. Xekinima, la section grecque du Comité pour une Internationale Ouvrière, partage en grande partie les critiques émises par le KKE, Antarsya et d’autres forces de gauche concernant le programme de Syriza. Ce n’est toutefois pas une raison suffisante pour motiver une absence de coopération. Ce refus renforce les possibilités qu’ont les partis pro-austérité et la troïka d’empêcher une victoire de la gauche aux élections.

    En dépit des désaccords, les autres forces de gauche auraient dû coopérer avec Syriza. Cela s’applique plus particulièrement à la plus grande d’entre elles, le KKE. Une collaboration aurait pu être utilisée pour mener une discussion ouverte sur le programme de Syriza ainsi que sur la politique que devrait appliquer un réel gouvernement de gauche. Un tel débat serait très utile pour la population, permettrait de préciser où il est possible d’obtenir des consensus et instituerait une pression vers la gauche sur Syriza. De plus, cela n’aurait pas menacé la position indépendante du KKE (ou d’Antarsya). Une collaboration commune entre différentes forces de gauche ne signifie pas d’avoir automatiquement une même idéologique ou une même identité politique et organisationnelle. Mais le KKE a refusé toute coopération, ce qui l’a d’ailleurs conduit à connaître un affaiblissement de la position du parti dans la société tout ainsi que des éléments de crise interne.

    Comment sortir l’économie de la dépression ?

    La discussion sur le programme que la gauche doit adopter est de la plus haute importance. En effet, la possibilité est réelle qu’un gouvernement de gauche arrive, soit directement après le 17 juin, soit par la suite si un nouveau gouvernement d’austérité peut être formé avec la ND et le PASOK.

    Beaucoup suivent avec grand intérêt cette discussion sur ce que doit être une politique réellement de gauche, et les faiblesses sont encore nombreuses à ce niveau. Syriza, qui constituerait la base pour un éventuel gouvernement de gauche, a de nombreuses limites, ambiguïtés et contradictions au sein de son programme.

    Xekinima soutient Syriza dans sa position de refus total des politiques d’austérité imposées par la troïka. Mais parallèlement, nous attirons l’attention sur le vide existant concernant le type de politique à mener, et nous mettons en avant nos propres propositions en vue de combler ce vide avec une politique alternative. A notre avis, les éléments centraux d’un programme de gauche doivent être :

    • Le non-paiement des dettes publiques. Ces dettes représentent 350 milliards d’euros, soit 160% du Produit Intérieur Brut. Le paiement de celles-ci constitue une insoutenable saignée pour l’économie grecque. Ces dettes sont le résultat des conditions de crédit contractées aux banques par leurs représentants politiques du PASOK et de la ND. Les travailleurs et leurs familles ne portent aucune responsabilité là-dedans. Le refus de payer ces dettes est une condition sine qua non pour disposer d’une marge de manœuvre économique.
    • Le système bancaire doit être placé dans les mains du public, de la collectivité. Les banques grecques ont spéculé avec l’épargne de la population et se sont elles-mêmes énormément enrichies. Maintenant, l’épargne des Grecs aux mains des banques est bien plus limitée. Seule une nationalisation complète du secteur bancaire peut offrir la garantie de protéger l’épargne de la population tout en accordant des crédits abordables pour que l’économie puisse se développer.
    • Il faut nationaliser les grandes entreprises stratégiques. Des années durant, les entreprises des secteurs de l’énergie, des communications, des transports, de la construction, et bien d’autres grandes entreprises ont été subventionnées par les fonds publics, avec notre argent. Maintenant, ces capitaux privés s’en vont. Quand la spéculation tourne mal, ce sont les travailleurs qui en payent le prix et sont foutus à la porte. Nous devons prendre possession de ces entreprises et en assurer le contrôle public, de sorte qu’elles constituent autant de leviers pour des investissements publics et pour une croissance économique. Les ressources ainsi disponibles pourraient être utilisées pour la collectivité, notamment dans le domaine de l’enseignement et des soins de santé.
    • Une nationalisation n’est pas suffisante en soi, elle doit être accompagnée d’un contrôle et d’une gestion opérée par les travailleurs et la société en général. Cela permet d’assurer que la collectivité mette un terme à la corruption, à la mauvaise gestion, à l’évasion fiscale et au gaspillage des cotisations à al sécurité sociale.

    Sur base de ces mesures, il sera possible de planifier l’économie afin que celle-ci puisse répondre aux besoins de la collectivité.

    D’autres mesures

    Outre les points généraux mentionnés ci-dessus, un gouvernement de gauche devrait également prendre les dispositions suivantes :

    • Augmenter le salaire minimum et immédiatement revenir sur l’abolition des négociations de conventions collectives de travail
    • Geler tous les licenciements et convertir les emplois temporaires et précaires en contrats à durée indéterminée.

    Sur la base de tous ces éléments, il est possible de procéder à des recrutements massifs et des investissements massifs là où les besoins sont les plus importants, notamment dans l’enseignement et les soins de santé. Il faudrait également investir dans les secteurs capables de renforcer l’économie : l’infrastructure, l’agriculture, le tourisme, les énergies renouvelables,…

    Un programme socialiste

    Ce programme n’est pas celui de Syriza. Mais en votant pour Syriza et en instaurant un gouvernement de gauche, les masses grecques auront la possibilité de stopper les attaques antisociales et d’entamer une discussion sur la politique socialiste nécessaire pour relancer l’économie. Il est maintenant très important de discuter de ce programme de gouvernement et des mesures que ce dernier devra prendre. Un gouvernement de gauche créera les conditions favorables à la lutte pour l’amélioration des conditions de vie de tous.

    Le mieux pour ce faire est un programme de type socialiste, une économie basée sur la collectivisation des secteurs-clés de l’économie, la seule façon de sortir l’économie de la dépression en défendant les intérêts de la population.

    Entrer en confrontation avec l’Union européenne en collaboration avec les travailleurs du sud de l’Europe et du reste du continent

    L’establishment européen menace la Grèce d’exclusion de la zone euro si elle ne respecte pas ses “obligations” envers les créanciers. Pour continuer d’appartenir à l’euro, ils veulent que la population grecque accepte un effondrement total de la société. La réponse doit être claire : c’est non!

    Alors qu’ils exercent un chantage avec cette exclusion de la zone euro, messieurs Venizelos (du PASOK) et Samaras (de la ND) ainsi que leurs amis de la troïka préparent une politique qui finira de toute manière par mettre la Grèce en dehors de la zone euro. Ce sont les derniers à être autorisés à utiliser cette menace ! Sur base de leur propre système capitaliste en faillite, la Grèce devra quitter l’euro et réintroduire sa propre monnaie. Cela s’accompagnera d’une dévaluation drastique de la monnaie et d’une inflation très élevée.

    Un gouvernement représentant les intérêts des travailleurs et de leurs familles basé sur un programme socialiste est capable de résister aux diktats de Bruxelles et d’empêcher qu’une sortie de l’euro étouffe complètement l’économie grecque.

    Cette question de la sortie de l’euro ne doit pas être traitée avec des slogans plats et superficiels tels que ‘‘sortie immédiate de l’UE’’, il faudra une transition. Bruxelles n’a pas la capacité de mettre dehors un pays en 24 heures. Il même possible pour un temps de garder l’euro pour le commerce extérieur à côté d’une monnaie nationale pour le commerce intérieur. Ce processus peut prendre des mois, des mois au cours desquels un programme socialiste de reconstruction de l’économie peut être appliqué, la véritable base pour une nouvelle croissance et stabilité de l’économie.

    Au cours de cette période, une autre bataille devra également être menée, celle de la lutte pour l’internationalisme, en travaillant avec la population du reste de l’Europe afin de combattre nos ennemis communs de l’Union Européenne, de la Banque Centrale Européenne et du Fonds Monétaire International, contre le capital et les multinationales. Notre objectif devra être la constitution d’une Europe des travailleurs et du socialisme. Aucun pays ne peut survivre comme une oasis socialiste entouré d’un monde capitaliste hostile. La Grèce sera un exemple et une source d’inspiration pour des millions de personnes à travers l’Europe. Cet effet ne doit pas être sous-estimé.

    Si cela ne conduit pas immédiatement à un mouvement général à l’échelle européenne, il est toutefois bien possible que les mouvements de résistance du sud de l’Europe et dans les pays massacrés par la crise (l’Espagne, le Portugal, l’Irlande, l’Italie) conduisent à un changement vers une zone économique commune avec une monnaie commune.

    Des possibilités historiques

    La gauche a déjà eu des occasions historiques mais, malheureusement, celles-ci ont été perdues ou ont conduit à des tragédies. La cause sous-jacente de ces échecs a toujours été le refus ou la faiblesse de connecter la lutte quotidienne à un programme capable de briser le pouvoir du capital. Nous avons maintenant face à nous une nouvelle opportunité historique avec la percée de Syriza, et nous ne devons pas la perdre.

    Le mouvement des travailleurs grec doit continuer à se construire à travers ses grèves et ses occupations d’entreprises et de places, à travers les campagnes de non-paiement (notamment celles contre le péage sur les routes et celles contre le prix des transports en commun), à travers les actions de masses et aujourd’hui dans les urnes. Ainsi, nous pouvons infliger une défaite à la troïka. Nous pouvons travailler avec la population de toute l’Europe, en particulier celle du sud, et livrer un message de résistance et d’espoir pour une autre société.

  • Grèce : Révolution et contre-révolution sur fond de crise croissante de la zone euro

    C’est véritablement un séisme politique qui a pris place le 6 mai dernier en Grèce. Ces élections constituent un signe avant-coureur de bouleversements politiques et sociaux plus intenses encore. Partout à travers l’Europe, les travailleurs et leurs organisations doivent être solidaires de la population grecque et s’opposer résolument aux diktats de la troïka (Union Européenne, Fonds Monétaire International, Banque Centrale Européenne). Cette solidarité passe aussi par la lutte contre les attaques des divers gouvernements partout en Europe.

    Résumé d’un dossier de Tony Saunois (CIO) et d’Andros Payiatos, Xekinima (CIO-Grèce)

    Suite à l’impossibilité de former un gouvernement, de nouvelles élections doivent se tenir le 17 juin. Cette paralysie est une expression des chocs violents dont a été victime la société grecque dans le cadre d’un processus de révolution et de contre-révolution. Le prestigieux Financial Times a ainsi mis en garde: ‘‘Il peut y avoir des émeutes et des pillages. Un coup d’État ou une guerre civile sont possibles’’ (édition du 18 mai).

    Alexis Tsipras (Syriza): “Une guerre entre le peuple et le capitalisme”

    Syriza (‘Coalition de la Gauche Radicale’) est sortie grand vainqueur du scrutin en passant de 4,6% à 16,78%, de quoi donner espoir à de nombreux travailleurs et militants de gauche en Grèce et ailleurs. La classe dirigeante est terrifiée face à cette large contestation de la Troïka et de l’austérité.

    Les conservateurs de la Nouvelle Démocratie (ND) et les sociaux-démocrates du PASOK se sont systématiquement agenouillés devant les diktats de la Troïka, assurant ainsi que le pays soit littéralement occupé par les grandes banques, la Banque Centrale Européenne, le Fonds Monétaire International et l’Union Européenne. Le 6 mai, le peuple grec a riposté par une claque monumentale envoyée à ces deux pantins de l’Europe du capital. Alors qu’ils obtenaient généralement 75% à 85% ensemble, ils n’ont maintenant recueilli que 32,02% (18,85 pour la ND et 13,18% pour le PASOK).

    D’ici aux élections du 17 juin, Syriza peut encore renforcer son soutien électoral. La coalition de gauche radicale sera-t-elle à la hauteur des espoirs placés en elle? Selon nous, ce n’est possible qu’avec un programme socialiste révolutionnaire, un programme de rupture avec le capitalisme. Toute recherche de solutions au sein du système actuel est vaine.

    Si la gauche est mise en échec, l’extrême droite pourrait se saisir du vide politique. Nous avons d’ailleurs assisté le 6 mai à l’émergence du parti néo-fasciste ‘‘Aube Dorée’’ qui a obtenu 6,97% et 21 élus. Depuis lors, ces néonazis ont chuté dans les sondages, mais l’avertissement est sérieux.

    Un niveau de vie attaqué à la tronçonneuse

    Le Produit Intérieur Brut grec a chuté de 20% depuis 2008, cet effondrement économique réduisant à néant la vie de millions de personnes. Dans les services publics, les salaires ont chuté de 40%. L’église estime que 250.000 personnes font quotidiennement appel aux soupes populaires. Dans les hôpitaux (où le nombre de lits a diminué de moitié), les patients doivent dorénavant payer à l’avance pour bénéficier d’un traitement. Un hôpital a même gardé un nouveau-né jusqu’à ce que sa mère puisse payer la facture de l’accouchement. Des milliers d’écoles ont aussi été fermées.

    La classe moyenne est détruite. Le nombre de sans abri a explosé et ils font la file aux côté de leurs frères d’infortunes immigrés pour recevoir un peu de nourriture et pouvoir intégrer un abri dans ces sortes de camps de réfugiés qui constituent la version européenne des bidonvilles. Le chômage frappe 21% de la population active et 51% de la jeunesse tandis que les centaines de milliers d’immigrés sont agressés sans relâche par l’extrême droite. La gauche doit riposter avec un programme de mesures d’urgence.

    Les travailleurs contre-attaquent

    Sous la pression de la base, au moins 17 grèves générales ont été organisées en deux ans, dont trois de 48 heures, sans que les attaques antisociales ne cessent. Mais un certain désespoir se développe puisque la lutte n’a pas remporté d’avancées. Le désespoir a poussé des dizaines de milliers de personnes à fuir à l’étranger. Environ 30.000 immigrés clandestins grecs sont en Australie, certains sont même partis au Nigeria ou au Kazakhstan. D’autres ont choisi une fuite plus tragique : le taux de suicide grec est aujourd’hui le plus élevé d’Europe.

    Cette situation n’est pas sans rappeler la dépression américaine des années ‘30. La haine et la colère sont telles à l’encontre de l’élite grecque et de ses politiciens qu’ils ne sont plus en sécurité en rue ou au restaurant. Les riches cachent leur argent en Suisse ou dans d’autres pays européens, tandis que la majorité de la population bascule à gauche du fait des conséquences de la crise.

    Syriza refuse une coalition avec le PASOK et la ND

    Syriza a déclaré que le PASOK et la ND voulaient qu’elle se rende complice d’un crime en participant au gouvernement avec eux. Alexis Tsipras a proposé de constituer un bloc de gauche avec le Parti communiste grec (KKE) et la Gauche démocratique (une scission de SYRIZA) pour mener une politique de gauche.

    Le dirigeant de Syriza, Alexis Tsipras, appelle à l’abolition des mesures d’austérité et des lois qui ont mis fin aux conventions collectives de travail et ont plafonné le salaire minimum à 490 euros par mois. Il a exigé une enquête publique concernant la dette de l’Etat et, dans l’intervalle, un moratoire sur le remboursement des dettes.

    Ce programme est insuffisant face à la profondeur de la crise, mais il représente un bon point de départ afin de renforcer la lutte contre l’austérité et le débat sur un véritable programme de rupture avec le capitalisme.

    De son côté, la direction du KKE a refusé de rencontrer Tsipras. Le parti communiste s’enfonce dans son approche sectaire, à l’opposé du mouvement ouvrier, et il le paye dans les sondages. Xekinima, la section grecque du Comité pour une Internationale Ouvrière, plaide pour la création d’un front de gauche depuis longtemps. Si cet appel reçu un accueil plutôt hostile dans un premier temps, il a ensuite progressivement bénéficié de plus de soutien pour finalement être repris par Alexis Tsipras et Syriza.

    Une liste unitaire serait sortie première des élections du 6 mai, et aurait de ce fait reçu le bonus de 50 sièges supplémentaires accordés au plus grand parti selon la législation électorale grecque. Même si cela n’avait pas été suffisant pour obtenir une majorité parlementaire, cela aurait offert une place encore plus centrale à la gauche pour la deuxième élection de juin et pour la campagne concernant cette perspective très réaliste d’un véritable gouvernement de gauche.

    Mais le KKE a refusé et reste sur le banc de touche. Pourtant, en 1989, ce parti n’a eu aucune réticence à entrer en coalition avec… les conservateurs de la Nouvelle Démocratie ! La secrétaire générale du KKE, Aleka Papriga, se réfère maintenant à cette expérience pour justifier son refus d’un front de gauche, comme si un front unitaire basé sur la lutte contre l’austérité pouvait être mis sur le même pied qu’un gouvernement pro-capitaliste avec les conservateurs ! Malheureusement, d’autres formations de gauche ont également adopté une attitude négative sur cette question, particulièrement Antarsya (une alliance anticapitaliste).

    Tant le KKE qu’Antarsya sont maintenant sous la pression de leurs bases. Une partie de la base d’Antarsya appelle publiquement à la constitution d’un front avec Syriza, mais la majorité de la direction reste obstinément sur sa position, au mépris du prix à payer. En 2010, cette alliance avait encore réalisé 2% aux élections communales, contre 1,2% en mai, et cela pourrait encore diminuer. De son côté, le KKE a à peine progressé aux élections en mai et les sondages parlent d’une chute de 8,5% à 4,4% pour le 17 juin.

    Tsipras a menacé de ne pas rembourser entièrement les dettes du gouvernement, d’économiser sur les dépenses militaires et de lutter contre le gaspillage, la corruption et l’évasion fiscale des riches. Il exige un contrôle public du système bancaire, et appelle même parfois à la nationalisation. Il s’est encore prononcé pour un New Deal, à l’instar de celui que Roosevelt avait mis en avant pour les États-Unis dans les années ‘30. Syriza a donc pour programme un ensemble de réformes qui ne rompent pas avec le capitalisme, mais c’est tout de même un début. Pour nous, un programme d’urgence de travaux publics doit être lancé, lié à la nationalisation des banques et des secteurs clés de l’économie, sur base d’une planification démocratique et socialiste de la société.

    Le programme de Syriza a ses limites, mais il a le mérite d’être clairement opposé à l’austérité. Syriza refuse d’ailleurs de participer à toute coalition gouvernementale destinée à appliquer des mesures antisociales. Cette approche peut pousser la formation au-delà des 20% dans les sondages, jusqu’à 28%. Cette rapide croissance de soutien illustre le potentiel électoral pour les formations de gauche lorsque les conditions objectives sont réunies et qu’elles adoptent un profil clair.

    Le refus de Syriza de collaborer à une coalition bourgeoise change radicalement de la position d’autres forces de gauche par le passé. En Italie, la position du Parti de la Refondation Communiste (PRC) a été très sérieusement affaiblie par sa participation à des coalitions locales. En Espagne, récemment, Izquierda Unida (Gauche Unie) est entré en coalition avec les sociaux-démocrates du PSOE en Andalousie, ce qui peut menacer son soutien parmi la population.

    L’Union Européenne et l’euro

    Les partis capitalistes et la Troïka tentent désespérément de renverser cette situation, et font campagne en disant que ces élections sont en fait un référendum sur l’adhésion à la zone euro. Tous leurs efforts visent à présenter la résistance à l’austérité comme la porte de sortie hors de l’eurozone et de l’Union européenne.

    Sur ce point, la position de Syriza est trop faible, bien qu’il s’agisse de l’expression d’un sentiment largement répandu dans la population. Selon un sondage, cette dernière est à 79% opposée à quitter l’euro. Les craintes de ce qui se passerait ensuite sont compréhensibles; un isolement de l’économie grecque, relativement petite, pourrait ramener les conditions sociales au niveau des années 1950 et 1960 et l’inflation au niveau élevé des années 1970 et 1980. Syriza et la gauche doivent faire face à ces craintes et expliquer quelle est leur alternative.

    Tsipras parie sur le fait que la Grèce ne sera pas éjectée de l’eurozone en raison des conséquences que cela entraînerait pour le reste de l’Europe. Cela n’est toutefois pas certain, même s’il est vrai qu’une partie des classes dirigeantes européennes a peur de ce cas de figure et des perspectives pour l’euro si l’Espagne et d’autres pays sont aussi poussés vers la sortie.

    De l’autre côté, les classes dirigeantes d’Allemagne et d’autres pays craignent que de trop grandes concessions pour préserver la Grèce dans l’eurozone ne soient un précédent dont se pourraient ensuite se servir l’Espagne, l’Italie, le Portugal, l’Irlande,… Le ‘Centre for Economic and Business Research’ a déjà indiqué que la fin de l’euro sous sa forme actuelle est une certitude.

    Syriza se trompe en pensant que le rejet de l’austérité peut être combiné à l’eurozone. La zone euro est une camisole de force économique que les grandes puissances capitalistes et les grandes entreprises utilisent afin d’imposer leur politique. Syriza se doit de formuler une réponse claire face à la probabilité qu’un gouvernement de gauche soit expulsé de la zone. D’ailleurs, on ne peut pas non plus exclure qu’un gouvernement décidé à accepter l’austérité soit tout de même confronté à ce scénario de sortie.

    Si de nombreux Grecs craignent cette perspective, cela ne signifie pas qu’ils sont prêts à accepter n’importe quoi. Si une Grèce dirigée par un gouvernement de gauche est poussée hors de l’eurozone, elle devra immédiatement institué un contrôle public sur le capital et le crédit afin d’éviter toute fuite des capitaux. Les institutions financières et les autres grandes entreprises devront immédiatement être nationalisées et le remboursement de la dette publique aux banques et aux institutions financières suspendu. Le gouvernement devra rendre public les livres de compte des banques et inspecter minutieusement les accords conclus avec les institutions internationales. Le gouvernement devra aussi exproprier les riches et protéger les petits investisseurs et épargnants. De cette manière, un véritable plan de relance serait de l’ordre du possible, un plan démocratiquement élaboré dans le cadre d’une planification socialiste basée sur le contrôle public des principaux secteurs de l’économie.

    Vive l’internationalisme socialiste !

    Un véritable gouvernement de gauche devra simultanément tout faire pour appeler à la solidarité du mouvement syndical du reste de l’Europe, et en particulier en Espagne, en Irlande, au Portugal et en Italie. Ensemble, ces pays ont le potentiel de construire une alternative à l’Europe du capital vers une confédération socialiste basée sur une adhésion volontaire, première étape vers une Europe socialiste.

    Pour y parvenir, nous devons renforcer les liens entre toutes les organisations de gauche et le mouvement syndical de ces divers pays. Sans une telle approche, la résistance contre l’austérité sera partiellement désarmée, et un flanc laissé au développement du nationalisme.

    Une nouvelle phase de la lutte

    Si Syriza se retrouve le plus grand parti du pays, ou s’il prend la tête d’un gouvernement de gauche, la crise ne serait toutefois pas immédiatement battue. Au contraire, cela ne marquerait que l’ouverture d’une nouvelle phase à laquelle les travailleurs et leurs familles doivent être préparés.

    Syriza doit se renforcer en organisant tous ceux, et ils sont nombreux, qui veulent combattre l’austérité. L’appel de Tsipras pour constituer un front de gauche doit se concrétiser avec l’organisation de réunions locales et nationales des partis de gauche, des syndicats, d’habitants de quartiers, d’étudiants,…

    Des comités locaux démocratiquement constitués sont la meilleure base pour se préparer à la prochaine période de lutte et assurer que suffisamment de pression existe pour qu’un gouvernement de gauche applique une politique réellement centrée sur les intérêts des travailleurs et de leurs familles.

    La classe dirigeante se sent menacé par Syriza et par la gauche. Nous devons nous saisir de cette énorme opportunité. Rester spectateur n’est pas une option.


    Leçons passées et présentes d’Amérique latine

    Nous sommes évidemment dans une autre époque, mais des similitudes existent entre la Grèce actuelle et le Chili des années 1970-73 ou encore avec le développement des régimes de gauche au Venezuela, en Bolivie ou en Argentine.

    Au début des années ’70, le Chili a connu une forte polarisation politique mais la droite et la classe dirigeante s’étaient préparées pour sortir de l’impasse. L’organisation fasciste ‘Patria y Libertad’ (une organisation paramilitaire) occupait les rues et attaquait les militants de gauche. Finalement, l’armée a organisé le coup d’Etat du 11 septembre 1973 qui a porté Pinochet au pouvoir.

    En Grèce, le potentiel du développement d’une organisation paramilitaire existe, avec ‘‘Aube Dorée’’. Cette organisation fait l’éloge de la dictature militaire grecque dite ‘‘des colonels’’ (1967-1973) et même d’Hitler. Une partie de la classe dirigeante peut tirer la conclusion qu’il n’existe pas d’alternative face à la menace de la gauche et peut être tentée de ‘rétablir l’ordre’. Cela ne sera pas le premier choix de la classe dirigeante, mais ce danger n’en est pas moins réel. La baisse du soutien d’Aube Dorée dans les sondages n’est pas synonyme de sa disparition.

    Même sans soutien massif un groupe comme Aube Dorée ou Patria y Libertad peut être une menace physique pour les minorités et le mouvement ouvrier. Aube Dorée envoie ses ‘chemises noires’ attaquer les immigrés et menace ouvertement les homosexuels (leur prochaine cible). La création de comités d’auto-défense est urgente.

    Si Syriza peut former un gouvernement avec un front de gauche, ce gouvernement peut rapidement être poussé plus encore à gauche. Ce fut le cas d’Allende au Chili en 1970 ou de Chavez (Venezuela), de Morales (Bolivie) et de Kirchner (Argentine). Un tel gouvernement peut prendre des mesures contre les capitalistes, y compris par des nationalisations. D’autre part, un gouvernement grec de gauche pourrait bientôt servir d’exemple pour l’Espagne et le Portugal, entre autres.

    Syriza et Tsipras ne parlent pas encore de socialisme, mais cela pourrait changer. Dans une interview accordée au quotidien britannique ‘‘The Guardian’’ Tsipras parle d’une guerre entre la population et le capitalisme. Chavez lui non plus ne parlait pas de socialisme à son arrivée au pouvoir. Il a été poussé à gauche par la pression populaire.

    Sous l’impact de la crise et de la lutte des classes, le soutien pour des demandes comme la nationalisation, le contrôle et la gestion ouvrière peut rapidement grandir. Des gouvernements de gauche peuvent être mis sous pression pour prendre de telles mesures, au moins partiellement. Ce fut d’ailleurs également le cas du premier gouvernement du PASOK grec en 1981. Si les partis capitalistes obtiennent une majorité pour former un gouvernement dirigé par la Nouvelle Démocratie, ce sera un gouvernement sans crédibilité, ni autorité, ni stabilité. Un tel gouvernement entrera vite en confrontation avec l’intense colère du mouvement ouvrier grec. Syriza pourra s’y renforcer. Dans une telle situation Xekinima proposera une campagne active pour la chute du gouvernement par des grèves, des occupations et des manifestations de masse.

    La croissance rapide de Syriza est un élément positif. La crise sociale et politique constitue un test, tant pour Syriza que pour toutes les autres forces politiques. Avec un programme approprié, des méthodes correctes et une bonne approche, il est possible d’avancer. Sinon, la gauche peut disparaître aussi rapidement qu’elle a avancé. Xekinima joue un rôle actif dans les discussions au sein et autour de Syriza afin de parvenir aux conclusions politiques nécessaires pour développer les luttes.

  • Discipline budgétaire et dictature des marchés

    Face à l’échec de la politique d’austérité, encore plus d’austérité

    Partout, l’échec des politiques d’austérité est retentissant. Partout, il produit les mêmes catastrophes : chômage de masse, restrictions salariales, explosion de la misère… A cela s’ajoute le déclin de l’investissement des entreprises (qui ne manquent pourtant pas d’argent). Ces politiques ont conduit au déclin des économies de la zone euro à la fin de l’année 2011. De nombreux pays européens ont alors sombré dans la récession. Pourtant, cette logique est à la base du Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance (TSCG), un traité d’austérité qui est une véritable arme de destruction massive dirigée contre nos droits sociaux.

    Par Nicolas Croes

    En gros, ce traité signifie plus de coupes budgétaires, plus de taxations injustes et un transfert de pouvoir vers la Commission européenne et le Conseil européen – des organes non-élus – afin de mieux imposer l’agenda d’austérité. Ce traité vise tout bonnement à rendre illégal tout gouvernement opposé au néolibéralisme et à l’austérité. Après l’imposition de gouvernements non-élus en Italie et en Grèce, il s’agit d’une nouvelle étape visant à s’affranchir de l’opposition à la politique d’austérité dans les divers pays européens, qui s’exprime dans les rues mais aussi de plus en plus dans les urnes.

    Equilibre budgétaire et réduction de la dette

    L’article 3 du Traité concerne l’imposition d’un déficit structurel maximal de 0,5% pour le budget d’un gouvernement, sauf dans le cas où la dette publique est inférieure à 60% du PIB, auquel cas ce déficit peut atteindre 1%. Le respect de cette règle exigera que chaque pays fasse des coupes profondes dans ses dépenses publiques, au point de mettre en danger l’économie toute entière. L’argument des capitalistes européens est qu’à l’instar d’un ménage, un gouvernement ne peut pas dépenser plus qu’il ne gagne. Mais les choses sont plus compliquées. Cette règle interdit par exemple que l’Etat investisse massivement dans l’économie afin de créer des emplois, ce qui est précisément une des nécessités actuelles.

    Autre problème : cette notion de ‘déficit budgétaire’ est totalement floue. Vous pouvez demander à 10 économistes différents de le calculer, et vous obtiendrez 10 valeurs différentes. Ainsi, en 2006, le Fonds Monétaire International avait estimé le déficit budgétaire irlandais à 5,4% du PIB, tandis que la Commission européenne l’avait estimé à 2,2%. En 2007, le FMI parlait par contre d’un déficit structurel de 2% en 2006… Qui donc décidera au final du chiffre à retenir ? La Commission européenne ! Selon cette institution ultra-libérale, en 2013, 18 pays (sur 25) devraient réduire leurs dépenses de 166 milliards d’euros. De plus, c’est à cette même Commission de définir les moyens nécessaires pour atteindre l’équilibre. Nous pouvons donc être certains que ce ne sera pas en s’en prenant aux riches, mais en attaquant les conditions de vie de la population et les services publics.

    L’article 4 du Traité concerne la réduction de la dette publique. Pour les pays dont la dette dépasse les 60% du PIB (en sachant que la moyenne de l’eurozone est de 85%), il faudra réduire l’excédent d’un vingtième par an. Pour la zone euro, en se basant sur une croissance économique nulle, cela équivaudrait à une réduction totale de la dette de 2.300 milliards d’euros, soit 115 milliards chaque année.

    Ces deux articles suffisent clairement à démontrer que ce traité est entièrement favorable aux actionnaires, aux spéculateurs et aux créanciers et donnera un caractère permanent à l’austérité. C’est non seulement anti-démocratique, car cela interdit de mener une autre politique économique, mais c’est aussi une très mauvaise recette du point de vue des travailleurs, et pas seulement. Ce traité suinte la vision à court terme de l’économie capitaliste, basée sur la recherche du profit maximal le plus vite possible, sans considération pour l’avenir proche. Il semble bien que les partis de l’establishment soient tellement idéologiquement liés au néolibéralisme qu’ils ne voient pas l’impact dévastateur que ce traité aura, y compris pour les capitalistes eux-mêmes.

    Une attaque contre la démocratie

    Ce traité est à considérer dans le cadre plus large des attaques contre les droits démocratiques de base auxquelles nous avons assisté avec le développement de la crise économique. L’Union européenne est déjà en soi une institution antidémocratique, ce n’est même pas une démocratie parlementaire. Le pouvoir y est dans les faits concentré dans la Commission européenne et le Conseil européen. Cependant, même le peu de ‘‘démocratie’’ qui existe au sein de l’Union a été miné à mesure du développement de la crise économique. Ainsi, fin 2011, 6 mesures ont été adoptées (connues sous le terme de six-pack) qui ont transféré d’importants pouvoirs de décision des gouvernements élus vers la Commission européenne non-élue, tandis que la prise de décision a été modifiée au sein du Conseil européen afin de rendre les sanctions punitives quasiment automatiques en cas de non-respect des dictats néolibéraux.

    Un des droits démocratiques de base est que la population ait la possibilité de choisir l’une ou l’autre orientation économique. L’Union Européenne s’avance maintenant vers une situation où l’on pourra élire n’importe quel type de gouvernement, pourvu qu’il soit néolibéral, un peu à la manière de la phrase de Ford disant ‘‘vous pouvez avoir n’importe quelle couleur de voiture, pour autant que cela soit le noir’’. Le néolibéralisme n’est plus posé comme un choix d’orientation économique, il s’agit d’une obligation. C’est cette logique qui est derrière le renvoi de gouvernements élus en Grèce et en Italie et leur remplacement par des gouvernements de banquiers.

    L’article 5 du Traité prévoit ainsi un mécanisme permettant de placer un pays directement sous administration, c’est-à-dire que son gouvernement ne serait plus en mesure de déterminer lui-même son budget ou sa politique économique (pour l’instant, pas moins de 23 pays hors des 27 que comprend l’Union Européenne sont exposés à cette tutelle selon les termes du traité). L’article 7 prévoit encore de créer une sorte de club de l’austérité constitué de quelques pays qui appuieront les propositions de la Commission européenne en termes de sanctions (amendes,…), ce qui garantit la dictature de cette commission.

    Ce traité est-il une réponse à la crise ?

    Non. Toutes les données indiquent ce traité n’aurait en aucun cas empêché l’Irlande, la Grèce ou le Portugal d’entrer en profonde récession. En 2007 par exemple, l’Irlande avait une dette publique inférieure à 60% de son PIB et le budget du gouvernement était en excédent. C’était très largement le cas de l’Espagne et du Portugal également. En fait, l’argument selon lequel ce traité serait une solution face à la crise fait partie d’une tentative plus générale de réécrire l’histoire.

    A la chute de la banque Lehman Brothers en 2008, même les politiciens les plus à droite ont bien été forcés de critiquer le ‘‘capitalisme-casino’’. On parlait alors de la nécessité d’instaurer une stricte régulation du secteur bancaire. Aujourd’hui, l’establishment politique et économique tente de faire croire que la crise provient de dépenses publiques irresponsables. Mais la dette publique faramineuse que l’on rencontre dans la plupart des Etat est directement issue du sauvetage des banques et de la nationalisation de dettes privées monumentales ! Le taux élevé des dettes publiques est donc une conséquence de la crise et non sa cause. En bref, la ‘‘solution’’ proposée par ce traité est un remède qui répond à un très mauvais diagnostic.

    Il suffit de l’accord de 12 gouvernements pour que cette offensive coordonnée contre nos acquis sociaux et démocratiques devienne réalité. Nous n’avons rien à attendre des politiciens capitalistes, comme leurs discussions au sujet d’une politique de croissance le clarifient : de grandes phrases pour de faibles mesures, sans fondamentalement remettre en question la poursuite de l’austérité. Il nous faudra riposter dans la rue et sur les lieux de travail. Le mieux serait d’ailleurs d’organiser une journée de grève générale à l’échelle européenne, ce qui serait une excellente arme, mais aussi une très bonne réponse contre le développement du nationalisme face au rejet qu’inspire l’Union Européenne. Au travers de cette lutte, les travailleurs européens comprendront de plus en plus clairement que le capitalisme ne peut plus rien leur offrir d’autre que l’austérité à perpétuité. Et ils ressentiront de plus en plus la nécessité d’une politique alternative et socialiste à travers l’Europe.

  • Irlande : le Traité fiscal européen est passé

    Une victoire à la Pyrrhus pour l’establishment, qui dévoile leur vrai visage

    Le référendum irlandais portant sur le Traité Fiscal européen a constitué un enjeu international de grande importance. Ce pacte budgétaire européen, officiellement appelé traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG), comprend une série de règles budgétaires parmi lesquelles le fait que les divers pays doivent réduire leurs déficits structurels à 0,5 % de leur PIB et la dette globale à 60 % de leur PIB. Ce traité institutionnalise l’austérité et représente une attaque très sérieuse contre les droits démocratiques en renforçant de façon importante les pouvoirs de la Commission européenne.

    Par des correspondants du Socialist Party (CIO-Irlande)

    Lors de ce référendum, le monde des affaires et les ‘‘dirigeants’’ de l’Union Européenne appuyaient le ‘‘Oui’’. A leur opposé, la classe ouvrière, en Grèce tout comme dans bien d’autres pays, espérait voir la victoire du ‘‘Non’’ en comprenant bien que la lutte contre l’austérité et le capitalisme à travers toute l’Europe se doit d’êtrer unifiée. Un ‘‘Non’’ aurait permis de donner un nouvel élan à cette lutte.

    En fin de compte, le Traité Fiscal (surnommé par nous et d’autres comme étant le Traité d’Austérité) a été adopté ce jeudi 31 mai à 60% contre 40, avec un taux de participation de 50,6 %. Ce résultat ne peut toutefois pas être interprété par le gouvernement comme étant une grande victoire ou une approbation de la politique d’austérité. Aucun enthousiasme ne se trouve derrière ce vote pour le ‘‘Oui’’. Comme un ministre l’a admis, ceux qui ont voté en faveur du traité l’ont fait avec une ‘‘réticence extrême’’. Un éditorial du Sunday Independent a d’ailleurs commenté que ‘‘loin d’être un vote de confiance envers l’Europe, ou le gouvernement, le Oui maussade que ce référendum a obtenu de la part d’une population réticente était un acte de désespoir.’’

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    A lire également

    MEETINGS : Pour une alternative à l’Europe d’austérité !

    Une autre politique est-elle possible en Europe ? Nous le pensons. Fin juin, nous organisons d’ailleurs des meetings à ce sujet à Bruxelles, Anvers et Gand. Ces soirées seront d’importants échanges d’expériences, tant de Belgique que de l’étranger. Une semaine à peine après les élections grecques, nous accueillerons un orateur de Syriza qui abordera la possibilité d’une politique de gauche au pouvoir en Grèce. Nous accueillerons également Tony Mulhearn qui, dans les années ’80, a activement participé à la politique réellement socialiste menée dans cette ville. Dernièrement, il a remporté 5% aux élections locales élisant le bourgmestre de la ville.

    Bruxelles – Mercredi 20 juin, 19h30

    Meeting organisé par Alternatives à Bruxelles & ‘‘Gauches Communes’’ avec :

    • Nikos Chountis, eurodéputé de Syriza, Grèce
    • Paul Murphy, député européen du Socialist Party, Irlande
    • Charlotte Balavoine, candidate du Front de Gauche aux législatives pour la circonscription du Bénélux
    • Tony Mulhearn, Trade Union and Socialist Coalition, Angleterre
    • Un représentant d’Izquierda Unida, Espagne
    • Stephen Bouquin, de Rood!
    • Anja Deschoemacker, ‘Gauches Communes’

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    Le Socialist Party (section du CIO en République Irlandaise) et ses représentants les plus proéminents, les députés Clare Daly et Joe Higgins ainsi que le député européen Paul Murphy, se sont battus dans une campagne très soutenue commentée par de nombreuses personnes.

    Un chantage et une intimidation sans précédent

    La campagne du ‘‘Oui’’ a entièrement reposé sur le chantage et la menace. Le texte du Traité Fiscal a été décidé l’été dernier mais, en février, un préambule a été ajouté selon lequel seuls les pays ayant accepté le Traité Fiscal seraient en mesure d’accéder aux fonds du mécanisme européen de stabilité qui doit bientôt voir le jour (MES, qui doit remplacer en juillet 2012 le Fonds européen de stabilité financière et le Mécanisme européen de stabilité financière qui avaient été mis en place suite à la crise de la zone euro). Ce MES est un nouveau de 700 milliards d’euros destiné à renflouer les spéculateurs et les banquiers et à restaurer la stabilité de l’euro au détriment de la classe ouvrière européenne.

    Cette clause de chantage soutenue par le gouvernement irlandais a été spécialement conçue pour faire de la question de l’accès à une aide financière en cas de future insolvabilité ou de faillite le thème dominant de cette campagne. Cette clause a véritablement représenté une arme pointée sur la tête des électeurs afin de les forcer à voter ‘‘Oui’’, sous la menace de sinon devoir faire face à un effondrement financier. Voilà qui en dit beaucoup sur les aspirations démocratiques de l’Union européenne ou du gouvernement irlandais.

    Avec cette menace, l’establishment a affiché son impitoyable détermination de voir le traité passer de force. Cette intimidation a eu un impact majeur en se basant sur les craintes bien réelles d’un approfondissement majeur de la crise économique. Les partisans du ‘‘Oui’’ recevront une récompense amère pour ces intimidations brutale au cours des mois et années à venir.

    Durant la campagne, la population a été menacée par l’idée que, sans source de financement et de crédit, l’année 2014 serait immédiatement marquée par une austérité catastrophique pire encore que celle que les travailleurs irlandais et leurs familles ont dû subir jusqu’à présent ; que le Budget de décembre serait également pire en cas de défaite du ‘‘Oui’’ ; que le ‘‘Oui’’ signifiait stabilité, investissements et emplois au contraire du ‘‘Non’’, etc. L’establishment a également reçu l’aide de la Commission référendaire, soi-disant indépendante.

    Une loi datant de 1994 force les médias (TV et radio) à respecté une parité à) l’occasion des campagnes référendaires. Les médias sont donc formellement tenus d’accorder une couverture identique aux deux camps dans le cadre d’une campagne pour un référendum. En dépit de cette obligation juridique, la partialité des médias a atteint des sommets qui n’avaient jusqu’alors jamais été vus.

    De nombreux présentateurs ont publiquement soutenu l’establishment et ont aidé à concentrer le débat sur la question du financement afin d’éviter toute véritable discussion sur le contenu réel du Traité Fiscal et de son impact en termes d’austérité.

    La clause de chantage sur le financement et le rôle des médias sont des facteurs centraux pour permettre de comprendre le résultat final du référendum. Ce résultat est révélateur de l’atmosphère actuelle et de l’état de conscience général des masses. La compréhension que l’austérité est mauvaise pour l’économie est générale, et le sentiment anti-austérité est général à son encontre, comme l’a d’ailleurs exprimé l’opposition à la récente taxe sur les ménages (voir notre article : Un Irlandais sur deux a refusé de payer la nouvelle taxe d’habitation). C’est parmi la classe ouvrière et parmi ceux qui sont les plus touchés par diverses réductions budgétaires, nouveaux impôts et mesures d’austérité que ce sentiment est le plus fort.

    Une réelle crainte d’un effondrement financier

    Cependant, pour des couches importantes de la population, dont la classe moyenne et certaines sections de la classe ouvrière qui s’en sortent mieux, la peur de l’austérité est surpassée par la crainte d’un potentiel effondrement financier à l’arrivée du terme de l’actuel programme de l’Union Européenne et du Fonds Monétaire International (l’Irlande, avec la Grèce et le Portugal, es passée sous la tutelle directe de ses créanciers par les plans d’ « aide » conclu avec la Troïka – la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international). Même si de très nombreuses personnes ne croient pas sérieusement en la menace que l’Union Européenne pourrait bloquer ses fonds en cas de victoire du ‘‘Non’’, ils ont malgré tout voté pour ce qu’ils considéraient comme étant l’option la moins risquée.

    La réalité, qui est que la politique d’austérité détruit l’économie irlandaise et européenne, a été quelque peu étouffée par l’intense propagande qui a défendu que ce Traité faisait partie d’un plan de relance. Le gouvernement irlandais a même essayé d’incorporer la victoire de François Hollande en France dans leur campagne afin de diffuser l’idée que l’austérité peut aller de pair avec la croissance, prétendant même que des plans de croissance importants sont en vue, une fois le traité adopté bien entendu.

    L’establishment a encore tenté de présenter l’effondrement de l’économie grecque et l’instabilité du pays comme des conséquences directes de la lutte contre l’austérité et du non respect des conditions de la troïka. Pour l’essentiel, le vote ‘‘Oui’’ est donc basé sur la combinaison d’une intense campagne d’intimidation avec des promesses de relance de l’économie.

    Mais il faut aussi mentionner l’absence de la compréhension qu’une alternative existe face à la dictature du capitalisme et des marchés et qu’il est possible d’instaurer des politiques de type socialiste. Cela a clairement freiné la confiance de la population à voter ‘‘Non’’.

    Une opposition sans cesse plus dure contre l’austérité et l’Union Européenne

    Compte tenu de l’ensemble de ces facteurs, le fait que 40 % des électeurs aient tout de même voté contre le traité est un très important et très significatif. Il s’agit d’un élément très positif quant à la détermination de larges sections de la classe ouvrière, plus particulièrement. Cela indique clairement que la campagne du ‘‘Non’’, dominée par la gauche, a eu un impact.

    Alors qu’un nombre important de personnes issues de la classe ouvrière ont voté oui, il est également exact d’affirmer que ce vote reflète une grande polarisation de classe. Seules cinq des quarante trois circonscriptions a connu une majorité contre le traité, mais il est clair que, globalement, la majorité de la classe ouvrière a voté contre. Le ‘‘Oui’’ a bénéficié de fortes majorités dans les zones qui concentrent la classe moyenne, et dans les zones rurales et agricoles. En revanche, les résultats indiquent que de nombreuses villes et districts où est concentrée la classe ouvrière, le vote ‘‘Non’’ a pu atteindre les 70 %, 80 % ou même 85 %.

    Après les élections générales de février 2011, nous avions très correctement prédis que la coalition au pouvoir, le Fine Gael et le parti travailliste, connaîtraient une importante baisse de soutien. De la même manière, le résultat de ce référendum sera ébranlé par les événements à venir. L’establishment a obtenu son ‘‘oui’’ en se basant sur l’intimidation, le chantage et de fausses promesses. Le fait même que le gouvernement ait fondé sa campagne sur la nécessité d’être en mesure d’accéder aux fonds européens dans le cas de la nécessité d’un nouveau plan de sauvetage est en soi la preuve de l’échec total de la politique d’austérité. Durant la campagne, le premier ministre Enda Kenny et d’autres ont une fois de plus promis l’arrivée d’une reprise économique, mais l’approfondissement de la crise économique et de la crise de la dette au sein de la zone euro exposeront la nature mensongère de ces promesses de la part du gouvernement.

    Kenny a également déclaré qu’un accord sera conclu avec l’Union Européenne pour réduire l’insoutenable dette du pays. A mesure qu’il deviendra clair qu’il n’y aura ni reprise économique ni réduction du chômage et que toute modification de la dette sera conditionnée à de nouvelles mesures d’austérité, l’Irlande sera ravagée par le genre d’instabilité que l’establishment essaye désespérément d’éviter.

    L’intimidation n’est pas une politique durable, elle ne pourra pas être un barrage éternel pour protéger l’establishment capitaliste. Comme l’a dit Napoléon : ‘‘on peut faire beaucoup de choses avec les baïonnettes, sauf s’assoir dessus.’’ L’aggravation de la crise économique combinée à de plus importantes mesures d’austérité et à plus d’attaques contre les droits démocratiques préparera le terrain pour une explosion de la colère, des lutte et de la radicalisation politique.

    La question du financement

    Certains commentateurs ont affirmé que puisque le résultat final du référendum correspond aux premiers sondages parus avant le début de la campagne, cette dernière n’aurait pas eu d’effet. C’est faux. L’establishment irlandais, l’Union Européenne et les médias étaient très bien préparés et ont agi de façon extrêmement coordonnée dans le cadre d’une offensive massive contre la campagne du ‘‘Non’’ avec la menace du financement du pays comme arme principale.

    Fondamentalement, ils ont utilisé leur contrôle capitaliste sur le système financier comme un levier destiner à forcer la population à accepter plus encore d’austérité capitaliste. De la même manière que le contrôle de l’eau et l’approvisionnement en eau doit être domaine du public, il n’y a aucune raison que le crédit et la fiance ne soient pas considérées comme une fonction publique essentielle plutôt que d’être laissée soumise à la soif de profits des investisseurs privés. Ce contrôle privé est utilisé pour forcer les gens à payer une forte rançon, à l’instar des usuriers. Toute contestation de ce fait conduit à des exigences pires encore. Cette course vers le bas ne peut être efficacement défiée que par le biais de la lutte pour mettre fin au contrôle du système financier.

    Les médias, en jouant sur la peur, ont utilisé leur influence pour faire passer l’idée que tous les financiers étaient prêts à immédiatement retirer leurs fonds d’Irlande. Ensuite, ils ont massivement appuyé la thèse selon laquelle il n’existait aucune crédibilité sans une solution immédiate qui soit acceptable pour les marchés financiers. Dans la première semaine et demi de la campagne, le camp du ‘‘Oui’’ et les médias ont restreint le débat sous cet angle et frappé à grands coups contre le camp du ‘‘Non’’. Ils ont alors considérablement augmenté le soutien pour voter Oui.

    Il s’agit d’une version émoussée du vieil argument antisocialiste ‘‘c’est très bien, mais d’où proviendra l’argent?’’ Cette attaque a eu plus d’effet maintenant qu’elle n’en a eu dans les années ‘70 et ‘80 en raison des problèmes économiques qui semblent plus aigus qu’à l’époque, et aussi en raison du fait que l’idée de prendre collectivement possession des richesses et des leviers du pouvoir est plus éloignée de l’esprit des gens qu’il y a quelques décennies.

    Cependant, il est évident que plus d’austérité conduira à une crise plus profonde, et il pourra y avoir un changement radical dans la manière qu’ont les gens de voir les choses, et notamment ce qui est possible et nécessaire pour riposter face à la crise. La population deviendra moins sensible aux diktats, à l’intimidation et aux manipulations, et bien plus de personnes seront ouvertes à entendre des solutions réelles et radicales. Nous avons d’ailleurs déjà pu quelque peu le constater durant la campagne, à mesure que nous répondions aux attaques de la campagne du ‘‘Oui’’ concernant l’austérité. Nous avons pu réussir à briser l’élan initial du camp du ‘‘Oui’’.

    Alors que la campagne du ‘‘Non’’ a été en mesure de saper les arguments de l’establishment, elle n’a pas été capable de réellement développer une forte impulsion derrière elle. En fin de compte, nous avons obtenu un résultat avec lequel peu de gens soutiennent, une majorité acquise pour ce qu’ils considéraient comme le moindre mal, sans enthousiasme.

    Retombées politiques

    Ce résultat n’a pas renforcé le gouvernement, qui a l’accueilli avec soulagement. Mais s’ils avaient perdu le référendum, ils auraient fortement été affaiblis. Pour faire passer le traité, ils ont fait des promesses qu’ils ne seront pas capables de tenir ; l’ébranlement du soutien au gouvernement va donc s’accélérer à mesure que la crise va persister et s’empirer.

    Le soutien pour le parti travailliste est particulièrement en déclin. Après une année au pouvoir, ils ont déjà perdu 50% de leurs votes, selon un sondage effectué il y a maintenant un peu plus d’une semaine. D’autre part, de nombreux rapports font état de l’accueil hostile qu’ils ont reçu dans les quartiers ouvriers durant la campagne. Cette pression sur et à l’intérieur du parti travailliste va certainement empirer.

    <h>Le Sinn Fein et l’United Left Alliance sortent gagnants

    Même s’ils figurent dans le camp des perdants, ceux à qui cette campagne a principalement bénéficié sont le Sinn Fein et l’United Left Alliance (une alliance large de gauche qui dispose de 5 élus au parlement, dont deux du Socialist Party), les principales forces du camp du Non. Le Sinn Fein et le Socialist Party ont tous deux bénéficié du soutien financier du groupe parlementaire européen de la Gauche Unitaire Européenne (GUE/NGL). Avec ses ressources financières massives, ses 14 députés et ses 54 conseillers locaux, le Sinn Fein avait déjà d’énormes réserves et ressources avec lesquelles faire campagne.

    Le Sinn Fein a bénéficié d’une large couverture médiatique pour le camp du ‘‘Non’’ et leur campagne a eu un impact. Ils se sont positionnés en opposition à l’austérité et ont choisi d’accentuer cela plutôt que d’attaquer sous l’angle les droits démocratiques dans une optique de souveraineté nationale ou de droits nationaux. Mais ont limité leurs critiques contre l’Union Européenne et le capitalisme, impliquant ainsi qu’un meilleur accord pouvait être tiré des négociations avec l’Union Européenne.

    De façon très ironique, le parti travailliste a riposté en expliquant que le Sinn Fein s’oppose à l’austérité en République irlandaise alors qu’ils l’imposent en Irlande du Nord. Cette belle hypocrisie a été vaine car le parti travailliste, plus que personne d’autre, ne dispose dorénavant d’aucune crédibilité pour mener ce genre d’attaque. Cela a eu peu d’effet.

    Il nous faut un nouveau parti des travailleurs !

    Le soutien au Sinn Fein a régulièrement augmenté depuis les élections législatives de l’an dernier où ils avaient obtenu 10%. Le dernier sondage leur donne maintenant 24%, soit 3% de plus que lors du précédent sondage et plus de deux fois le score du parti travailliste.

    Mais certaines parmi la classe ouvrière ne voteront jamais pour le Sinn Fein quelles que soient les circonstances. Cependant, il semble bien que le Sinn Fein sera le principal bénéficiaire de la crise politique qui concerne tous les partis traditionnels, à moins qu’une réelle alternative issue de la classe ouvrière et authentiquement à gauche puisse se développer. Au vu de la tendance actuelle, le Sinn Fein pourrait devenir le plus grand parti dans les prochains sondages.

    Les conditions peuvent-elles se développer pour le lancement d’une force de gauche réellement socialiste avant même l’explosion politique et sociale inhérente à la situation actuelle ? Pour répondre à cela, la manière dont se développera la lutte contre la ‘‘Household Tax’’ (la taxe sur les ménages) sera d’une importance cruciale.

    La campagne du Socialist Party

    Le Socialist Party est arrivé dans cette campagne en plus forte position que lors des précédents référendums européens. En 2008, pour la campagne du premier référendum sur le Traité de Lisbonne, notre camarade Joe Higgins avait joué un rôle crucial alors qu’il n’était pas encore élu député. Il a eu un impact réel sur le résultat du vote. Cette fois nous n’avions pas seulement Joe, qui a fait beaucoup d’apparitions publiques énergiques, nous avions aussi la députée Clare Daly et le parlementaire européen Paul Murphy (qui remplace Joe Higgins au parlement Européen où il a été élu en 2009 avant d’être élu au Parlement Irlandais).

    C’était la première campagne référendaire de Clare en tant que députée et il est unanimement admis qu’elle a fait une très bonne performance dans toute une série d’apparitions et de débats, dont des débats contre d’importants porte-paroles du gouvernement. Elle a eu un réel impact sur cette campagne, à l’image de son impact dans les diverses campagnes depuis son entrée au Parlement l’an dernier, aux côtés de Joe Higgins.

    Ce referendum était particulièrement important pour notre député européen Paul Murphy. Contrairement à Joe et Clare, Paul n’a jamais été candidat lors d’une élection et ne disposait pas du même parcours ni du même profil que nos autres camarades. Mais de nombreux commentateurs l’ont décrit comme l’un des plus capables représentants du camp du Non, un porte-parole parmi les plus clairs. Ils ont ainsi affirmé que sur base de sa performance et de son nouveau profil, il a grandement augmenté ses chances d’être réélu au parlement Européen en 2014.

    En mars, et à nouveau durant la campagne en mai, le Socialist Party a distribué des milliers de tracts dans chaque foyer de Dublin, au-delà des 400.000. De plus, nous avons organisé la distribution massive de plus de 50.000 tracts, dont une diffusion massive dans des communautés de la classe ouvrière cruciales à Cork. Nos membres ont été actifs dans les comtés de Meath, Kildare, Wicklow, Wexford, Waterford, Kerry, Tipperary, Clare, Laois, Offaly et dans les villes de Galway, Limerick Kilkenny et Carlow et Drogheda.

    Nos camarades se sont aussi impliqués dans les activités de la campagne contre la household tax et de l’United Left Alliance. Cependant, ce sont les affiches et les panneaux du Socialist Party qui ont le plus d’impact dans la campagne et qui ont suscité le plus de commentaires. L’Irish Times, dans sa revue de campagne de dimanche, parlait ainsi de ‘‘l’ubiquité des affiches de référendum’’ du Socialit Party. Selon le dictionnaire, ‘‘ubiquité’’ signifie ‘‘omniprésence, fait d’être partout ou dans un nombre d’endroits indéfini en même temps.’’

    Nous avons produit des milliers d’affiches en 4 versions différentes pour lancer la campagne, suivis au milieu de la campagne par 4 versions de très grands panneaux d’affichages, surtout aux centres-villes. Nous avons fini la campagne d’affichage avec des milliers de nouvelles petites affiches.

    Nos affiches, combinant contenu et graphisme frappant, l’emportaient sur les autres, en particulier avec le manque de contenu des affiches du Oui. Elles figuraient dans de nombreux journaux, reportages télé et blogs, que ce soit en Irlande ou à l’étranger, ainsi que dans les réseaux sociaux. Les affiches sont un moyen très important de faire passer un message à une échelle de masse très rapidement, et ont un impact réel.

    Nos affiches liaient l’austérité à la household tax et à la water tax (une nouvelle taxe sur l’eau). Nos panneaux d’affichages de 8 pieds sur 4 avec une photo d’Angela Merkel et la citation ‘‘Les freins à la dette seront obligatoires et valables pour toujours. Jamais vous ne pourrez les changer par une majorité parlementaire’’ et avec la phrase ‘‘le traité détruit la démocratie’’ étaient frappantes. Nos panneaux qui utilisaient l’image connue du film Les Dents de la Mer (où le requin arrive des profondeurs) pour illustrer les coupes budgétaires que le Traité implique ont provoqué beaucoup de commentaires et ont été repris sur de nombreux blogs. Un magazine de musique et d’actualités irlandais, de même que le quotidien The Guardian, ont commenté l’impact que l’une de nos petites affiches avait eu sur les réseaux sociaux. L’affiche disait ‘‘les super riches de l’UE cachent 3 milliards d’euros en cash – alors qu’il y a 25 millions de chômeurs – opposons les besoins du publics à l’avidité capitaliste – Votez Non’’ et montrait une image de Montgomery Burns enlaçant des paquets de billets.

    Household tax – deuxième tour

    Cette campagne est une très bonne plate-forme à partir de laquelle le Socialist Party et l’United Left Alliance peuvent croître et avancer dans les mois à venir.

    Dans cette période, la lutte contre la household tax va aussi certainement se relancer puisqu’il est vraisemblable que le gouvernement tente de conduire devant les tribunaux ceux qui ont refusé de payer ce nouvel impôt. 50% des foyers ne se sont toujours pas enregistrées pour le payer. Nous aurons dès lors de grandes opportunités pour mettre ce vote de côté et construire un mouvement capable de battre ce gouvernement, l’Union européenne et leur politique d’austérité.

  • France : Des milliers de personnes à la "marche contre l'austérité et le fascisme"

    Hier, dans le Pas-de-Calais, plus de 5.000 personnes ont participé à la marche organisée en soutien de la candidature de Jean Luc Mélenchon, candidat pour le Front de Gauche aux élections législatives à Hénin Beaumont, là-même où se présente la présidente du Front National Marine Le Pen. Cette manifestation étaité dédiée à Emilienne Mopty, une résistante du Pas-de-Calais, qui avait conduit les manifestations de femmes lors de la grève des mineurs de mai-juin 1941 et qui fut exécutée en 1943. Une figure bien entendu idéale pour symboliser à la fois la lutte contre l’extrême-droite et la défense des intérêts des travailleurs.

    Par Nico et Alain (Namur)

    Une douzaine de militants du PSL étaient également présents, pour une intervention conjointe avec nos camarades français de la Gauche Révolutionnaire. Nous n’étions d’ailleurs pas les seuls Belges à être présents, nous avons ainsi notamment discuté avec des militants de la FGTB de Verviers. Notre banderole, affirmant qu’il nous faut en Belgique aussi notre relais politique large, a suscité un grand intérêt de même que nos slogans tels que ”c’est pas les immigrés qu’il faut virer, c’est le capitalisme qu’il faut éliminer" ou encore ”des emplois, pas de racisme, abattons le capitalisme".

    A la tribune, nous avons pu entendre un discours qui abordait clairement la question de l’expropriation des entreprises, le contrôle ouvrier sur la production et le socialisme, sous les acclamations de la petite foule rassemblée après la manifestation.

    Cette marche était une très bonne inititiative, qui a assurément redonné du baume au coeur à tous les participants. Les diverses prises de parole, qui faisaient clairement le lien entre le capitalisme et la logique de diviser pour mieux régner de l’extrême droite, ont véritablement marqué les esprits. Comme le Front de Gauche le dit, il faut dénoncer les méfaits du capitalisme qui se nourrit du chômage et laisse en délabrement l’équipement social. Mélenchon déclare ‘‘Nous ne sommes pas ici sur les terres de madame Le Pen. Ici c’est la gauche, le drapeau rouge, la résistance.’’ Il faut concrétiser cette déclaration et proposer un véritable programme de résistance sociale. Il faut populariser des mesures anticrise qui répondent aux problèmes principaux que vivent les Français : le chômage, les contrats précaires, le logement, l’accès à des services publics de qualité. C’est seulement en répondant à ces préoccupations et en les liants avec un programme de lutte que l’on peut faire reculer l’extrême droite.

    Les premiers sondages montrent que le Front de Gauche pourrait battre le FN au second tour dans cette circonscription. Il faut développer des campagnes offensives contre l’extrême-droite partout en Europe. Il faut que le mouvement ouvrier attire à lui toutes les couches opprimées de la société sur base d’un programme qui répond à la crise du capitalisme en défendant les intérêts de la majorité.

  • Le problème, c’est le banquier, pas l’immigré !

    Hénin-Beaumont : Jean-Luc Mélenchon contre Marine Le Pen

    Le Front de Gauche a décidé de présenter son candidat aux présidentielles dans la 11e circonscription du Nord-Pas-de-Calais à Hénin-Beaumont. C’est donc dans la ville que Marine Le Pen a choisi il y a 5 ans que Jean-Luc Mélenchon a décidé de porter le combat. Cette ville et cette région, victime de ‘‘patrons voyous’’ (comme ceux de Samsonite), comprend une forte tradition ouvrière. Elle est idéale pour démasquer l’extrême droite sur une base de classe.

    Par Alain (Namur)

    Le score de Marine Le Pen aux élections présidentielles fut un choc pour beaucoup parmi la jeunesse et la classe ouvrière. La candidate du Front national a obtenu au premier tour 17,9 % des suffrages, soit près de 6.500.000 voix. Il s’agit quasiment du double de ce que le FN avait réussi à faire avec Jean Marie Le Pen en 2007. Ce score n’est pas venu d’un coup, il est le résultat de la situation économique de crise que vit la France, mais aussi de la politique de Sarkozy ces 10 dernières années et de la déception face aux trahisons répétées du PS.

    La crise du capitalisme touche durement la population française. 8 millions de Français vivent sous les 954 euros par mois. 10 millions de Français subissent de plein fouet la crise du logement: il faudrait construire 500.000 HLM (habitation à loyer modéré) par an pendant 10 ans pour combler le manque de logements !

    De plus, la politique raciste du gouvernement Sarkozy-Fillon a renforcé les tensions dans la société. Alors que l’ex-ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux a été condamné par la justice pour racisme, le Parti Socialiste n’a pas osé dire haut et fort que l’immigration n’est pas la source de tous les problèmes. Cette attitude et le masque social de Marine Le Pen expliquent aussi la montée du racisme dans la société.

    On a l’habitude de dire que les crises renforcent les extrêmes, mais cette formule creuse n’épouse pas les nuances de la réalité. En réalité, l’électorat stable du FN est composé d’artisans, de commerçants et de professions libérales. Un sondage sorti des urnes indique que 35% des ouvriers et employés ont voté FN (sondage TNS). Dans la population active proche des syndicats, seuls 20% étaient prêts à donner leur voix au FN (sondage IFOP). C’est la preuve que le mouvement ouvrier constitue un rempart contre l’extrême droite. Les différentes couches de la population sont à la recherche d’une alternative à la politique d’austérité. La couche la plus avancée a commencé à se tourner vers des partis et des formations plus combatives alors que les éléments et les couches précarisées et déclassées se tournent vers l’extrême droite.

    Les premiers députés FN vont peut-être faire leur arrivée à l’Assemblée nationale, pour la première fois depuis 1986 (et l’introduction par Mitterrand d’un scrutin proportionnel partiel). Il est nécessaire de mener une campagne pour démasquer le réel programme du Front.

    Le FN essaye de se présenter sous des jours nouveaux avec Marine Le Pen. Comme femme, elle tente de se profiler en féministe. Mais son programme plaide contre elle, comme l’avait magistralement démontré Mélenchon lors d’un débat télévisé avant le premier tour des présidentielles. Elle veut renvoyer les femmes à la maison avec un salaire parental de 80 % du SMIC pour le 2e enfant. Mais 80 % d’un revenu de misère, ça reste encore une allocation de misère. Pour les capitalistes, c’est plus avantageux de payer une faible allocation que de devoir contribuer à construire des infrastructures publiques de qualité pour tous. C’est par ce genre d’exemple concret que l’on peut démasquer la nature pro-capitaliste du FN.

    La venue de Mélenchon à Hénin-Beaumont pour battre l’extrême droite va dans le bon sens. Comme le Front de Gauche le dit, il faut dénoncer les méfaits du capitalisme qui se nourrit du chômage et laisse en délabrement l’équipement social. Mélenchon déclare ‘‘Nous ne sommes pas ici sur les terres de madame Le Pen. Ici c’est la gauche, le drapeau rouge, la résistance.’’ Il faut concrétiser cette déclaration et proposer un véritable programme de résistance sociale. Il faut populariser des mesures anticrise qui répondent aux problèmes principaux que vivent les Français : le chômage, les contrats précaires, le logement, l’accès à des services publics de qualité. C’est seulement en répondant à ces préoccupations et en les liants avec un programme de lutte que l’on peut faire reculer l’extrême droite.

    Les premiers sondages montrent que le Front de Gauche pourrait battre le FN au second tour dans cette circonscription. Il faut développer des campagnes offensives contre l’extrême-droite partout en Europe. Il faut que le mouvement ouvrier attire à lui toutes les couches opprimées de la société sur base d’un programme qui répond à la crise du capitalisme en défendant les intérêts de la majorité.

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