Pakistan : Témoignage – Situation après les inondations dans la vallée de Swat

Le peuple de Swat était déjà en lutte avant les inondations et tentait de reconstruire son cadre de vie après les destructions causées par l’insurrection des Talibans et les opérations militaires. Avant même que cette région ait pu être totalement libérée du monstre du terrorisme, elle doit maintenant faire face à un autre désastre, celui des inondations.

Par M. Rehman, de Swat, TURC-P (Campagne pour les droits syndicaux – Pakistan)

Au moment du conflit, plus d’un million de personnes avaient dû quitter leurs maisons et se réfugier dans les camps de différentes villes de la province. Les intenses batailles entre Talibans et armée pakistanaise avaient causé de gros dégâts en termes de vies humaines et de milieu de vie. L’insurrection et les opérations militaires avaient aussi causé de grands dommages à l’infrastructure ; des centaines d’écoles, d’hôpitaux, de maisons, d’hôtels, de restaurants, de magasins et de bâtiments officiels avaient été détruits. Après la défaite des Talibans, les habitants étaient retournés à leur maison en espérant qu’ils allaient enfin pouvoir vivre leur vie normalement.

Les récentes pluies torrentielles ont fait des ravages à Mingora, Babuzai, Barikot, Kalam, Charbagh, Bahrain, Khwazakhela et Matta. Selon les estimations, ce sont les pires inondations depuis 1929. Dans cette région, environ un demi-million de personnes attendent désespérément que les secours arrivent. Quelques 10.000 maisons et 2.500 magasins ont été complètement emportés par les eaux, et 17.000 maisons et 5.000 magasins sont encore sévèrement endommagés. Plus de 120 hôtels ont été endommagés dans les villes touristiques de Kalam, Bahrain et Madian.

Plus de 100 ponts et routes ont été détruits, ce qui a totalement isolé certains lieux. Les sept principales villes de la vallée sont ainsi coupées les unes des autres. La liaison longue de 40km entre Madian et Kalam a également été détruite par l’érosion. Des hectares et des hectares de terres agricoles ont été inondés.

Des milliers de femmes, d’enfants et de vieillards sont forcés de vivre à ciel ouvert, sans endroits où se protéger de la pluie. Il n’y a pas de lait pour les enfants, qui crient littéralement famine. Des milliers de personnes attendent désespérément de l’aide, sans que les autorités n’y prêtent de l’attention. Les gens meurent de faim, les prix de la nourriture et d’autres besoins de base ont explosé alors que des profiteurs amassent des denrées alimentaires, du pétrole et du gaz. La pénurie de médicaments est très sévère. L’approvisionnement électrique n’est plus assuré partout, les deux principales lignes électriques de Chakdara sont ainsi coupées. Dans la plupart des endroits, même après deux semaines, l’électricité n’a toujours pas été rétablie.

L’administration du district est presqu’inexistante dans les régions inondées de Swat et aucun camp n’a été construit, ni aucun mécanisme de contrôle des prix instauré. Les transports sont aussi gravement affectés.

Dans la ville de Mingora, 600.000 personnes sont à court d’eau, les canalisations ne fonctionnant plus. Les habitants dénoncent que les riches se sont appropriés un grand nombre de générateurs fournis par les autorités locales, pour un usage purement personnel. La tâche immédiate aujourd’hui est de reconstruire les ponts et les routes, de restaurer les voies de communications, l’électricité et d’organiser l’évacuation des régions inondées. De très nombreuses personnes peuvent encore mourir si l’aide continue à se faire attendre.

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