Manifestation du 7/10 : assurons que ce ne soit pas une nouvelle occasion gâchée !
Depuis la fin du mois de mai dernier, nous savons que le front commun syndical FGTB, CSC et CGSLB prévoit une manifestation nationale à Bruxelles pour ‘‘célébrer’’ le premier anniversaire du gouvernement Michel. Pour beaucoup, que cette coalition de droite dure soit capable de souffler sa première bougie est une triste surprise tant il semblait possible de la balayer l’hiver dernier.
Editorial de l’édition de septembre de Lutte Socialiste, par Nicolas Croes
Vous le savez, la grande grève générale de 24 heures du 15 décembre 2014 a été laissée quasiment sans suite (à l’exception de quelques mobilisations spécifiques sur le thème des pensions, des jeunes, des femmes et du dumping social juste avant les vacances d’été). Le gouvernement s’est donc vu offrir le champ libre pour se ressaisir et poursuivre son oeuvre de rouleau compresseur antisocial.
Il nous faut un nouveau plan d’action !
Au moment où cette date du 7 octobre 2015 a été dévoilée, il était question que la manifestation soit couverte d’un mot d’ordre de grève de 24 heures. Le secrétaire général de la FGTB Marc Goblet avait déclaré : ‘‘Il s’agira d’un point d’orgue de notre plan d’action, que nous menons crescendo.’’ (Le Soir, 28 mai 2015) Si nous sommes tout à fait d’accord avec cette idée de plan d’action allant crescendo (une dynamique que nous avons systématiquement défendue avant même la constitution du gouvernement), il est très clair que cette future manifestation nationale devra constituer le début d’un nouveau plan d’action et non un ‘‘point d’orgue’’ mettant fin à la ‘‘mobilisation’’ !
Les responsables nationaux du front commun syndical ont raison de dire que ce gouvernement est celui ‘‘de l’injustice, qui s’en prend aux travailleurs et aux allocataires, au seul profit des grandes entreprises et du capital’’, ce qu’a encore illustré le Tax Shift en juillet. Tirons-en la leçon essentielle et finissons-en avec l’illusion d’un ‘‘dialogue respectueux’’ avec un gouvernement vendu aux riches! Construisons un calendrier d’action offensif ayant pour objectif affiché de le foutre à la porte ! Comment imaginer que des actions ludiques et symboliques soient aptes à rivaliser avec l’impact de la manifestation nationale, de la tournée de grèves provinciales et de la grève générale nationale de l’automne dernier ? Si tout cela n’a pas été suffisant, la seule conclusion à tirer c’est qu’il en faut plus, pas moins ! ‘‘Le mouvement syndical peut réaliser le plus lorsqu’il descend en rue et utilise ses méthodes de grève’’, comme le dit le politologue et historien Marc Hooghe (deredactie. be, 20 août).
Un mois de préparation
Il en faudra beaucoup pour remobiliser de nombreux jeunes et travailleurs dont l’enthousiasme et la combativité ont été trahis par l’absence de suite sérieuse à la grève générale nationale de décembre. Les assemblées générales d’information et de sensibilisation organisées dans les entreprises ainsi que dans les régionales et centrales syndicales ce mois de septembre sont d’une importance cruciale pour commencer à regagner leur confiance et les remobiliser.
Ces assemblées doivent servir à discuter de la perspective d’un nouveau plan d’action sérieux, calqué sur le modèle de celui de l’an dernier. Toute la force qui est celle du mouvement organisé des travailleurs s’était alors exprimée, mais sans que la base n’ait réellement eu le contrôle du processus. Le renforcement et l’extension de la pratique des assemblées générales du personnel sur les lieux de travail – non seulement pour discuter des actions à entreprendre mais aussi pour démocratiquement décider de ce qu’il convient de faire par vote – reste la meilleure manière d’entraver le pouvoir des sommets syndicaux de retirer la prise du mouvement contre l’avis de la base.
Une alternative politique Un plan d’action allant crescendo peut faire chuter le gouvernement. Mais l’austérité ne sera pas bloquée avec un nouveau gouvernement tripartite sous la direction de la social-démocratie. Seul son rythme changerait. L’absence d’une alternative politique joue des tours au mouvement des travailleurs.
La lutte est cruciale, mais le champ politique doit lui aussi être investi. Le PSL estime que tous les activistes, organisations et partis de gauche doivent s’associer jusqu’à la création d’un nouveau parti de lutte large et démocratique. Voilà qui secouerait sérieusement le paysage politique.