Opportunités croissantes pour la gauche militante aux Etats-Unis
Ces derniers mois, les développements politiques notables n’ont pas manqué aux États-Unis. Dans le sillage du mouvement Occupy, Socialist Alternative, notre organisation-sœur américaine, a réussi à faire élire une socialiste au conseil d’une grande ville, événement inédit depuis des décennies dans le pays. En remportant 95.000 voix en novembre 2013, Kshama Sawant a fait son entrée au conseil municipal, géré par 9 conseillers. Six mois plus tard, Seattle est devenue la première grande ville des Etats-Unis à augmenter le salaire minimum jusqu’à 15 $ de l’heure. Kshama doit être réélue en novembre de cette année.
Par Bart Vandersteene
Tous les ingrédients d’un cocktail de résistance de masse sont présents
Entretemps, les préparatifs pour l’élection présidentielle ont commencé, marqués notamment par la candidature de Bernie Sanders aux primaires du parti démocrate (voir ci-dessous). Dans toute la société américaine sont vivement débattus les thèmes de l’inégalité des revenus ou encore du racisme et de la violence contre les Noirs.
Les inégalités sont au cœur de la politique américaine. Le 15 avril dernier a constitué la plus grande journée d’action nationale du mouvement pour l’augmentation du salaire minimum à 15 $ de l’heure. Ce mouvement a capturé l’imagination d’un groupe croissant de personnes. Le moindre recoin des États-Unis a connu des actions du mouvement Black Lives Matter (Les Vies Noires Comptent) qui réagit au nombre invraisemblable de cas de violence raciste, particulièrement du fait de la police. Un important mouvement contre le changement climatique se développe également en parallèle.
La tendance générale est aux opinions plus progressistes, ce que l’on peut constater au regard de la forte croissance du soutien au droit au mariage entre personnes de même sexe. Au travers de cette vague de nouvelles luttes sociales se dessinent les contours d’une nouvelle gauche émergente aux États-Unis.
Bernie Sanders appelle à une ‘révolution politique’
La candidature du sénateur indépendant de l’Etat du Vermont Bernie Sanders en est en partie une expression. Sa campagne appelle à une révolution politique pour prendre le pouvoir des mains de l’oligarchie, des milliardaires et des grandes entreprises. Sanders se dit ‘‘socialiste’’ et considérait depuis un certain temps déjà de participer aux élections. Nos camarades de Socialist Alternative ont voulu le convaincre de participer aux élections en tant qu’indépendant afin de pouvoir, grâce à sa campagne, poser les bases de la création d’un nouveau parti de gauche pour défier le règne des deux partis de Wall Street.
Il a malheureusement choisi de concourir aux primaires pour l’investiture du candidat du parti démocrate. Il y affronte la candidate de l’establishment, Hillary Clinton. Les premières semaines de campagne de Sanders ont illustré qu’un large espace existe bel et bien pour les idées qu’il défend : un salaire minimum national de 15 $ de l’heure, un système universel de soins de santé public, la gratuité de l’enseignement supérieur, l’opposition aux traités de libre-échange ou au projet du pipeline Keystone XL,…
La campagne a été soutenue financièrement par 200.000 Américains qui ont donné une moyenne de 50 $ chacun. Bernie Sanders refuse les dons des grandes entreprises, une grande exception dans la politique nationale. Plus de 300.000 personnes se sont inscrites pour être bénévoles dans sa campagne. Même les sondages lui sont assez favorables. Dans le Wisconsin, un sondage réalisé à l’occasion d’une convention Démocrate lui a donné 41% des intentions de vote. Dans le New Hampshire, un des Etats où les élections des primaires démocrates commenceront en 2016, Bernie Sanders atteint 32%, contre 41% pour Clinton. Fin mai, il n’était encore question que de 13%.
A juste titre, Bernie Sanders affirme que le président, seul, ne peut pas changer beaucoup et qu’il est nécessaire de construire un mouvement en impliquant des millions d’Américains afin d’imposer un véritable changement. Socialist Alternative est d’accord avec cette approche, tout en estimant que Sanders se trompe de véhicule pour ce faire. La présidence d’Obama a confirmé que les Démocrates sont pieds et poings liés aux intérêts de Wall Street et à l’élite capitaliste. Obama a docilement défendu leurs intérêts dans sa politique étrangère ou concernant les inégalités, les droits démocratiques, le racisme ou encore l’environnement. La déception a saisi des dizaines de millions d’Américains qui, auparavant, éprouvaient un certain enthousiasme pour Obama et sa capacité à changer les choses.
Bernie Sanders va probablement perdre les primaires démocrates, la direction du parti dispose de tous les moyens nécessaires pour repousser les candidats dangereux. Socialist Alternative soutient qu’en cas de défaite, Sanders ne doit pas soutenir la candidature de Clinton, mais au contraire se présenter comme candidat indépendant à la présidence. L’opinion publique est mûre. Les sondages expriment que 50 à 60% des Américains trouvent qu’il faut un nouveau parti. Bernie Sanders peut apporter une contribution importante à cet effort. A moins qu’il ne décide de retourner dans la bergerie du parti démocrate et flanque tout ce potentiel par-dessus bord.