House of Cards : Dans les coulisses du pouvoir

housecards-300x169En mars, la série House of Cards est revenue pour sa troisième saison. Pour nos camarades américains de Socialist Alternative, les nouveaux épisodes ont livré deux fois plus de qualité artistique, mais la moitié à peine de la critique politique des deux premières saisons. C’est l’occasion de revenir sur cette oeuvre qui dépeint les hautes sphères politiques des Etats-Unis autour du personnage fictif du Démocrate Franck Underwood (Kevin Spacey). A la base de ce projet, on retrouve notamment David Fincher (réalisateur de Fight Club, Gone Girl). A voir…

House of Cards fait partie de ce style de série particulièrement développé depuis 2008 qui tourne autour d’anti- héros sociopathes présentés avec nuance et complexité (Walter White dans Breaking Bad, Don Draper dans Mad Men et Tony Soprano dans Les Soprano par exemple). La plus grande partie de l’intrigue qui a rendu la série populaire dans ses deux premières saisons – la lutte acharnée pour le pouvoir du machiavélique Franck Underwood – n’existe plus. L’univers est beaucoup moins développé et tourne essentiellement autour de Franck Underwood, devenu président Démocrate des Etats- Unis à la fin de la deuxième saison, et de sa femme Claire (Robin Wright). Les scénaristes se sont concentrés sur la vie à la Maison Blanche, sans la lutte d’influence quasiment barbare qui prévalait dans les saisons précédentes et qui livrait un portrait acide de la vie politique américaine dominée par les Démocrates et les Républicains. Le couple présidentiel a été humanisé au point de quasiment parvenir à faire oublier le marathon d’homicide, d’actes de vengeance, de subterfuges, de chantage et de manipulation qui a conduit Franck au Bureau Ovale.

La série a commencé en 2013, peu de temps après la réélection d’Obama. Le cynisme inhérent à la série trahit la déconvenue de l’optimisme et de l’espoir de changement qui avaient caractérisé la première victoire présidentielle d’Obama. Le succès de cette série qui aborde de front le monde politique provient aussi des tourments de l’économie mondiale et américaine ainsi que des critiques de plus en plus vives contre le système politique, ce qu’avait illustré le mouvement “Occupy Wall Street” en 2011.

Le cri de ralliement du mouvement “Occupy Wall Street” renvoie toujours à un présent préoccupant : celui d’un système politique américain dominé par les lobbys et les politiques corrompues. C’est ce monde dont il est question dans House of Cards.

Franck Underwood débute la série comme le Whip de la majorité à la Chambre des représentants des États- Unis (le député chargé de veiller à ce que les élus de son parti soient présents et votent en fonction des consignes du parti), une institution décrite comme corrompue et parcourue d’une multitude de scandales. Une fois parvenu à être président du pays, Franck se voit incapable de renverser la trajectoire d’un système économique en faillite. Son incapacité à travailler avec efficacité est accompagnée d’une vision obstinément néolibérale pour faire face au grand problème du moment : la création d’emplois (en utilisant les taxes pour créer des emplois dans le secteur privé). Cette approche offre un parallèle intéressant avec d’autres présidents démocrates tels que Bill Clinton ou Barack Obama, qui parlaient d’une politique progressiste pour n’appliquer que des recettes unilatéralement favorables aux entreprises.

L’approche de Franck dans la politique est profondément opposée au débat, il utilise son autorité de président pour faire plier ses détracteurs de force à sa volonté. Ce type de scénario reflète assez bien la réalité de la politique américaine.

Il serait facile de se méprendre et de considérer tout ceci comme une critique radicale des structures de pouvoir de Washington. House of Cards traite bien plus de la brutalité et de l’ambition viscérale d’individus. Franck et Claire font juste ce qui leur bénéficiera. Les problèmes sociaux sont autant d’occasions de manoeuvrer pour s’attirer plus de pouvoir. Le message défendu est clair: de mauvaises personnes sont au pouvoir dans la Grande Démocratie. Les valeurs sacrées de la démocratie et du contrat social sont subordonnées au seul intérêt d’une minorité de personnes puissantes, mais ce n’est pas une question de société. Il s’agit donc d’une série très divertissante à regarder, à couper le souffle à certains moments. Ce n’est juste pas une série progressiste.

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