Liège : Une occupation de sans-papiers à Sclessin
Depuis ce samedi, plusieurs migrants sans-papiers, dont des familles, occupent un bâtiment de l’ONE laissé vacant à Sclessin. Ils sont aujourd’hui une trentaine. Leur installation a donné lieu à une visite de solidarité de la section liégeoise du PSL qui a aussi été l’occasion d’une interview collective dans la cour du bâtiment occupé.
Lutte Socialiste : Comment est venu l’idée de vous installer ici ?
Les occupants : Où aurions-nous été ? C’est plutôt ça la question. Il n’y a pas de structure pour nous accueillir. Il nous fallait un endroit pour nous poser quand ce n’est plus possible de se faire accueillir chez l’un ou l’autre, un endroit qui soit accessible à tous les sans-papiers et qui permette aussi d’accueillir les familles dignement. Nous avons vu les occupations de sans-papiers à Bruxelles et nous nous sommes dit qu’il fallait monter une initiative analogue ici, sur Liège. Nous avons trouvé ce lieu qui ne servait à personne et nous nous y sommes installés.
Lutte Socialiste : Qui est ce « nous » ? Vous êtes organisés ?
Les occupants : Oui, nous sommes un groupe de militants qui est organisé sous le nom « la voix des sans-papiers ». Nous avons participé aux initiatives et aux manifestations organisées par la coordination bruxelloise des sans-papiers et nous avons également participé à une marche de sans-papiers à Anvers.
Lutte Socialiste : Comment c’est passé votre installation ? Quelles sont vos relations avec le voisinage ou les autorités communales ?
Les occupants : Avec les gens du quartier, on s’est un peu jaugés au départ. C’est toujours comme ça quand tu arrives quelque part. Maintenant, on a de bons contacts. Les gens du coin sont nombreux à venir nous donner un coup de main et à nous apporter de quoi finaliser notre installation. Il faut dire que nous aussi, on est attentifs à respecter la tranquillité du voisinage. Pour ce qui est des autorités, le CRACPE (collectif de résistance aux centres pour étrangers) a négocié avec la ville la possibilité de rester ici. La police est déjà venue à trois reprises, y compris la police fédérale mais ils ne sont pas intervenus.
Lutte Socialiste : Qu’attendez-vous de cette occupation ? Quel est votre objectif ?
Les occupants : Bien sûr, notre objectif à terme, c’est d’être régularisés, d’avoir une situation stable qui permette d’avoir un vrai contrat de travail, un revenu stable …et de cotiser comme tout un chacun. En attendant, tant qu’on ne trouve pas une solution durable pour nous, nous allons rester ici.
Lutte Socialiste : Cela fait peu de temps que vous êtes installée mais quel soutien avez-vous reçu jusqu’ici ?
Les occupants : Le CRACPE, comme on l’a dit a été actif dès le début. Beaucoup de gens sont déjà passé, des militants de différentes organisations. Mais on reçoit aussi beaucoup de soutien de la FGTB, notamment les jeunes qui organisent la centralisation de l’aide qu’on veut bien nous apporter.
Au terme de l’interview, la discussion s’est engagée sur la façon d’aider au mieux les occupants et la cause des sans-papiers en général. Au PSL, notre point de vue est que la lutte des sans-papiers pour leur régularisation ne doit pas être séparée des autres luttes sociales et qu’il est fondamental d’organiser la solidarité entre travailleurs avec ou sans papiers pour se renforcer mutuellement.
Du reste, nous devons rendre clair qu’il existe un lien immédiat entre l’exploitation de travailleurs sans-papiers pour des salaires de misère et la pression à la baisse sur les salaires des travailleurs légaux. Nous avons un adversaire commun : un système économique inique qui est la cause de misère partout dans le monde, de précarité croissante y compris en Belgique et pousse à l’émigration les travailleurs des pays du sud. Ce système est aujourd’hui incarné par le gouvernement Michel qui s’active à détricoter toutes les conquêtes sociales du mouvement des travailleurs et stigmatise particulièrement les migrants et les sans-papiers. Une campagne dans le voisinage de l’occupation pour expliquer la situation des sans-papiers et dénoncer la politique du gouvernement serait un bon pas en cette direction.
A côté de cette nécessaire solidarité politique, les occupants ont besoin de toute aide matérielle disponible qui peut leur être apportée rue de la Veine Sothuy 4000 Sclessin, (accessible par la rue Méaroulle, près de la résidence Fraternité).